LIVRE : Lettre à Wes Anderson, de Marc Cerisuelo

Lettre à Wes Anderson

[l’esprit d’équipe]

17760433_1458262214219273_1851183391_n

Non loin de la théorie cinématographique et de l’analyse de séquences, les éditions Capricci ont publié la Lettre à Wes Anderson de Marc Cerisuelo (professeur de cinéma à l’Université de Provence). Cette lettre ouverte – un petit livre de 70 pages – se dévore d’une traite, exposant clairement et simplement les spécificités et les délicatesses du cinéaste américain. En reprenant l’histoire personnelle et la filmographie de Wes Anderson, Marc Cerisuelo pose un regard sensible et attentif sur ses films favoris : La Famille Tenenbaum (2001) La Vie Aquatique (2004) ou encore The Grand Budapest Hotel (2014). En interpellant directement le réalisateur, son correspondant relève et interprète ses récurrences thématiques – la famille, le groupe et le collectif – et note avec justesse les ressemblances, voire les liens de parenté, entre les jeunes protagonistes d’Anderson et les personnages adolescents de J. D. Salinger (auteur de L’attrape-cœur).

Cet écrit, plus amoureux que théorique, permet également à M. Cerisuelo d’enterrer une critique injuste souvent faite à Wes Anderson, celle du kitsch, compris comme l’évocation nostalgique et surannée d’un passé malheureusement révolu et exposé à travers un décorum très référencé et omniprésent. A cette critique souvent formulée, M. Cerisuelo répond que les films d’Anderson n’imposent pas leur forme comme un tic ou une manie. Ce sont les thématiques des films qui nouent cette cohérence formelle du cinéma de Wes Anderson. Il apparait clairement que le cinéaste est traversé par des interrogations et intéressé par des personnages types que l’on retrouve dans tous ses films : l’intégration au groupe (l’équipe, la famille), le deuil, mais aussi l’orphelin, et l’éternel adolescent. Ce sont elles (ces questions) et ce sont eux (ces personnages), qui inspirent les formes que prennent ses films, de l’animation du Fantastic Mr. Fox, à l’animatisation (néologisme qu’emploie M. Cerisuelo) que l’on retrouve dans The Grand Budapest Hotel à travers les scènes en stop-motion ou ses moments burlesques. Le formalisme du cinéaste se porte donc sur un contenu bien sensible et qu’on ne peut pas résumer à la seule nostalgie invoquée par les détracteurs du réalisateur.

17505883_1458262284219266_1998527637_n

Après avoir pointé avec pertinence les effets et le style reconnaissables d’Anderson, Marc Cerisuelo fait le constat d’une influence esthétique qui se répand dans le cinéma indépendant américain et qui se concentre autour du réalisateur et de l’équipe qui l’accompagne, de la fratrie Coppola (Roman et Sofia, fils et fille de Francis Ford Coppola) à Noah Baumbach (auteur du très bon Frances Ha). Car tout ce petit monde travaille ensemble, tantôt à l’écriture ou à la production, tantôt à la relecture de scénario ou à la direction photographique. Il semble que le groupe ou l’équipe soit un enjeu réel du travail d’Anderson avant de s’incarner dans ses films. Il serait alors intéressant, même si la lettre s’arrête avant d’en arriver là, d’analyser ces relations comme la poursuite du travail communautaire et familial tel que M. Scorsese et F. F. Coppola le pratiquaient dans les années 70 et 80. Car après tout, et l’idée n’est pas neuve, tout film de fiction est un documentaire sur ses conditions de production. En ce sens, les choix musicaux de Wes Anderson reflètent aux aussi cette période et nous ramènent inlassablement aux années évoquées précédemment, liant la liberté de ses choix formels aux années contestataires de la pop européenne et américaine (de Joan Baez à David Bowie en passant par The Velvet Underground).

En partageant son plaisir cinéphile et sa sincère admiration pour le cinéaste, M. Cerisuelo nous offre un texte séduisant qui inaugure le travail analytique qu’il reste à faire sur les films de Wes Anderson (ne serait-ce qu’en termes de traduction des livres édités outre-Atlantique). Peut-être que les éditions Capricci nous réservent d’autres surprises andersoniennes alors que le CNC a récemment annoncé la création d’un prix du livre de cinéma pour aider l’écriture critique et les éditions spécialisées…

Théo Martineaud

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s