REVIEW : Sac la mort, d’Emmanuel Parraud

Sac la mort

[maladie tropicale]

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Sac la mort, certainement l’un des premiers films entièrement dialogués en créole réunionnais, nous offre la chance de plonger dans les haleurs d’une psyché angoissée.  Son réalisateur, Emmanuel Parraud, parvient à rendre de manière subtile les tourments d’un être pris dans un réseau de croyances inextricables et menaçantes. Difficile pour un spectateur étranger de s’investir pleinement pour comprendre les questions du corps pris au piège, directement liées à celles du folklore. Patrice est un personnage typique de cette résistance qui, suite à la mort de son frère, est amené à être porteur à la fois de l’événement traumatique et du secret coupable de son meurtrier venu lui avouer son acte pour mieux se cacher. Ce double poids va conduire ce personnage aux limites de la raison, se sentant pris aux pièges de lui même, victime du mauvais sort. Un « sac la mort » est cette malédiction qui se poursuit infiniment, objet de malheur disséminé ici et là sur les routes, qui s’accapare du malheureux qui le touche ou roule simplement dessus.

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Ce récit des croyances fait ainsi graviter autour de lui des portraits de personnages, tous authentiques et représentatifs de la diversité de l’île où les cultures formulent des croyances dans le métissage, mais de fait génèrent aussi des conflits. Ce sont des personnages typiques et des figures précises qui s’élèvent du simple cadre naturaliste pour atteindre le poétique. La finesse descriptive des portraits soulève comme pour son personnage principal des pactes de croyance entre réalisme et logique déconstruite et poétique du récit, linéarité et mélange des registres pour mieux nous conduire au plus près d’un monde intérieur riche et complexe. De la même manière, la mise en scène s’applique à faire du cadre des actions une sorte de paysage de l’âme loin de l’archétype traditionnel de la carte postale. La maîtrise très sûre des cadres, de la lumière et de l’espace laisse à la fois circuler le corps des acteurs tout en leur offrant les moyens d’exposer les particularismes de la langue et les jeux très travaillés qui se développent dans monde en pleine mutation. Cette typographie sensorielle qui accompagne le film dans ses moindres détails, est mise en œuvre avec justesse et précision et expose avec pertinence les interrogations et les attentes de ces personnes encore porteuses des puissances de la vie intérieure.

 Arnaud Claraco

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