REVIEW: Gimme Danger, de Jim Jarmusch

Gimme Danger

[only punk rockers left alive]

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Deux mois après le splendide Paterson, Jim Jarmusch est de retour avec un documentaire très rock’n’roll, Gimme Danger, dans lequel il retrace le parcours des Stooges et de leur leader charismatique au déhanché planétaire: Iggy Pop. A première vue, la méthode semble connue : raconter l’histoire des Stooges et leur parcours, à la fois étincelant et chaotique dans l’histoire du rock américain puis mondial.

Pour cela, Jarmusch amasse une quantité impressionnante de documents et pose sa caméra face aux membres du groupe. Nous voilà embarqués dans leur histoire. Des anecdotes aux récits de concerts, Jarmusch met en image les paroles des musiciens, tantôt avec des films d’archives, des photos voire des collages humoristiques. Malgré son rythme progressif, le film n’est pas très intéressant quand il colle au parcours de ses protagonistes. Son intérêt nait de ce qu’il capture les naissances et renaissances d’une bande de potes qui a toujours été en marge des villes, de la culture musicale imposée à leur époque, de l’industrie du disque, de l’attente des spectateurs, et même de leur propre succès. La singularité de ce documentaire réside dans sa façon de capter l’effervescence du groupe, et non dans l’inventivité formelle de Jarmusch. Le documentaire pose la question de la créativité sous un jour nouveau. Paterson l’abordait dans sa poésie du quotidien, Gimme Danger la trouve dans les spirales que tracent le groupe, tantôt décadents, tantôt sublimes mais toujours inventifs et résolument punk dans l’âme.

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Dans ce voyage à travers The Stooges, Iggy Pop est un guide magistral dont le physique et la voix imprègnent tous les plans. Iggy Pop est omniprésent, pourtant porté par une idéologie collective (et même communiste selon lui). Il est un véritable phénomène cinématographique, rassurant par sa voix, effrayant par son physique tortueux. Face à de tels monstres de la scène rock, Jarmusch se met en retrait pour porter aux nues un groupe emblématique de la culture underground des États-Unis. En ce sens, les Stooges nous livrent un précieux témoignage sur leur histoire mais aussi de précieuses leçons d’humilité face aux « entertainers de la révolte », qu’elle soit musicale ou politique. En dehors des clous concernant le problème de la propriété intellectuelle et la question du droit d’auteur, imprévisible et ingérable sur scène, la parole The Stooges revivifie l’idéologie punk aujourd’hui mal en point.

Même si ce documentaire n’invente que peu de formes, qu’il s’agisse d’écriture ou d’esthétique, il porte une parole incarnée, vivante et rageuse, qui se lie parfaitement à une bande son généreuse qui ravira les fans du groupe et de la période musicale que couvre le film. En somme, Jarmusch rend à Iggy ce qui appartient à Iggy, même s’il semble s’en foutre, du moment qu’il peut continuer à monter sur scène torse nu et à se jeter dans la foule. Un film revigorant qui nous rappelle une chose: « Punk’s not dead ». Malgré les substances, les ratages et les rapports à quelques producteurs véreux, les Stooges se retrouvent toujours et partagent entre eux et avec leur public les recettes d’un succès patient, intense et acharné.

Théo Martineaud

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