SERIE: Sherlock – SAISON 4

Sherlock – Saison 4

[a place named Skyfall]

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Avec 14 épisodes en 7 ans, il est peu de dire que Sherlock est passé maître dans l’art d’éprouver la patience de ses fans comme des simples curieux qui se sont attachés à cette variation contemporaine du célèbre et excentrique détective privé. Volonté artistique de donner à la série le temps de murir ? Embouteillages d’agendas ? Sans nul doute que les deux faits se rejoignent et participent à cette impression, à la veille de la saison 4, d’un passage de la série au second plan, celui-là même où se rangent (voire s’enterrent) tant de serpents de mer de l’univers sériel. Dans ce contexte, l’épisode spécial Noël The Abominable Bride sembla faire office de teaser autant que d’os à ronger pour étouffer une exaspération latente chez un public particulièrement en attente.

Ce sont des auspices bien orageux qui accompagnent les débuts plutôt poussifs de la nouvelle saison. L’espace d’une moitié d’épisode nous est jetée au visage une séquence frénétique compilant tous les gimmicks marquants de la série à un rythme approchant dangereusement l’overdose. Deux hypothèses s’offrent ici au spectateur dubitatif. Soit ces 30 premières minutes caricaturales sont un dérapage volontaire et contrôlé, soit elles constituent un accident alimentant la thèse d’un show pris dans une boucle comme un poisson dans son bocal. Si on observe combien les créateurs Steven Moffat et Mark Gatiss (Mycroft dans le show) ont su depuis 2010 saisir, manipuler et retranscrire l’essence de l’œuvre Sherlockienne de Sir Conan Doyle, alors on penchera pour la première explication.

On ira même jusqu’à postuler que les deux hommes savaient pertinemment qu’ils signeraient avec ce nouveau triptyque la conclusion des aventures du duo fantasque du 221B Baker Street. Quels indices pour étayer cette théorie ? Ni plus ni moins que la totale fuite en avant que représente, avec le recul, cette saison. Moffat et Gatiss ont fait le choix de pousser tous les mécanismes de leur show jusqu’à leur paroxysme. L’écriture de chaque protagoniste se voit offrir un aboutissement frôlant parfois les limites de la vraisemblance narrative. Ainsi, si la manœuvre est particulièrement judicieuse concernant ce cher Doc Watson qui permet à Freeman de briller et au personnage d’exister sur un nouveau plan d’une grande justesse, elle s’avère hélas beaucoup plus anecdotique lorsque est exploré le passé de Mary, conduisant parfois le récit à une étrange impasse.

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Si la grande force de cette saison est sa puissance introspective, force est de constater qu’elle se révèle aussi comme une limite en ne laissant pas assez de place pour l’expression pleine et entière des énergies antagonistes. Le personnage de Smith en particulier (Toby Jones, brillant !) aurait sûrement mérité d’être approfondi dans toute sa dimension sadique, à l’égal de la folie machiavélique de Moriarty dans la saison 2. Là encore, ces manques sont autant de signes que l’enjeu désigné par les showrunners est moins de l’ordre du puzzle narratif que de l’accomplissement psychologique.

En effet, dans la perspective d’une politique de la terre brûlée envisagée pour cette ultime saison, ce qui commença en 2010 avec un  high-functionning sociopath  devait nécessairement se conclure en 2017 avec  l’explosion de ce modèle. Sans doute au grand dam de beaucoup de fans, Sherlock Holmes est ainsi poussé à ne plus être ce Sherlock prévisible, presque mécanique, permettant au passage à Cumberbatch de s’amuser hors d’un champ d’action qui était devenu au fil des ans très (trop) balisé. L’armure se fend à mesure que nous sommes invités à pénétrer la forteresse de solitude d’un Holmes inattendu, confrontant finalement le génial détective à la plus improbable (mais pourtant si logique !) épreuve qu’il puisse affronter : le dilemme moral. Pousser les codes classiques de la série à bout, exploser le cadre du personnage-clé, autant de preuves définitives que Moffat et Gatiss ont bien choisis de brûler leurs navires dans cette saison 4. Pourtant, leur préférence s’est clairement portée sur une sortie sous un feu d’artifices plutôt qu’un simple et piteux naufrage, révélant une fois encore l’infini respect des deux créateurs pour le matériau d’origine. Un amour qui transparait dans l’écriture depuis les premières heures de la série.

Cette ultime saison est néanmoins celle de la rupture. Celle d’un public qui sera sûrement divisé concernant la manière de dire au revoir à Sherlock, entre l’exaltation d’un épisode final incandescent, la frustration d’une série attachante mais décidément trop inégale, et la sereine acceptation d’une œuvre qui a épuisé dignement ses dernières réserves. C’est enfin la rupture de deux créateurs talentueux qui doivent dire adieu à ce « toxico qui se shoote en résolvant des énigmes et ce médecin jamais vraiment revenu de la guerre », ce duo atypique d’enquêteurs du 221B Baker Street qu’ils rendent au patrimoine littéraire universel, non sans une pointe de mélancolie, pour qui voudra dans le futur y puiser une nouvelle inspiration.

Angélique Dreillard et Kévin Ruiz

 

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