REVIEW: La Sociale, de Gilles Perret

La Sociale

[fête sociale]

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Pris dans le tumulte des primaires et des combats fantoches entre people politiques en quête de bulletins et électeurs perdus dans la tempête électorale à venir, La Sociale vient rafraichir l’espace publique d’un véritable souffle politique et historique. Combinant des témoignages d’aujourd’hui et d’époque, des images d’archives et des séquences prises sur le vif, Gilles Perret (réalisateur des Jours heureux, 2013) retrace une histoire populaire de la sécurité sociale, à mille lieues de sa manipulation gestionnaire et/ou médiatique (cf. http://www.acrimed.org/Les-medias-et-le-fameux-deficit-de-la-securite-sociale), tout en rappelant le rôle majeur d’Ambroise Croizat (résistant, syndicaliste puis Ministre du Travail de 1945 à 1947 sous De Gaulle, fondateur de la Sécurité Sociale).

En commençant avec Jolfred Frégonara (ancien militant CGT en charge de la création de la caisse de sécurité sociale en Haute Savoie), qui se décrit lui-même comme le « dernier poilu de la Sécurité Sociale », Gilles Perret nous promet déjà de revenir au fondement de la création de la Sécurité Sociale, et à son initiateur oublié Ambroise Croizat. Dès le début, le ton est donné. Gilles Perret conduit un exercice particulier, celui d’élaborer une histoire populaire de la « Sécu », loin des dorures des palais républicains et des récits historiques qui ont hissé Pierre Laroque comme seul et unique représentant de la Sécurité Sociale. Gilles Perret retourne avec sa caméra prendre des images caractéristiques du travail et du monde ouvrier dans les fourneaux des métallurgistes. Dans ce premier lieu et grâce aux images d’archives et aux interviews de J. Frégonara, G. Perret construit un travail documentaire qui rejoint le précepte d’histoire populaire cher à Howard Zinn (cf. Une histoire populaire des États-Unis).

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Dans ce film d’éducation populaire, les images d’archives viennent témoigner d’une réalité trop souvent occultée (voire oubliée) par le mythe pacifié de l’après-guerre. Dès lors, le développement chronologique de l’instauration de la Sécurité Sociale apparaît comme une découverte enchanteresse et enchantée, dans lequel les acquis sociaux redeviennent des « conquis sociaux », loin d’une histoire affadie par l’aconflictualité contemporaine. En rendant à la création de la Sécurité Sociale sa dimension humaniste et les luttes qui l’ont vue naître, Gilles Perret nous rend l’histoire sociale de notre collectivité. Loin de rester focalisé sur les combats passés de 1947, il prend le temps de rencontrer ses contradicteurs : les « anti-sécu », nommés les désaffiliés, qui souhaitent abolir le monopole de la sécurité sociale pour l’ouvrir à la concurrence du marché avec les assurances et les mutuelles (comme c’est encore le cas aux États-Unis). Grâce à ce témoignage, vous apprendrez que la France est, comme Cuba et la Corée du Nord, un pays communiste (fou-rire cinématographique garanti). Dans une autre mesure, l’interview de François Rebsamen (alors Ministre du Travail) ignorant le rôle et même le nom d’Ambroise Croizat, a de quoi laisser stupéfait de la part de celui qui était en charge du travail pendant le deuxième gouvernement de ce quinquennat.

Dans cet entremêlement d’images d’archives et d’interviews, G. Perret parvient à créer un émerveillement étonnant sans jamais mettre le spectateur dans la position d’un élève soumis à la voix de son maître savant. En rappelant qu’aucun progrès social ne tombe comme un cheveu sur la soupe et qu’il est nécessairement construit comme un rapport de force mettant en relation plusieurs idées contradictoires du politique et de la chose publique, Gilles Perret réalise un film militant et accessible qui pourra être perçu soit comme un rappel historique détaillé pour les plus savants d’entre nous, soit comme une découverte détaillée, qui fait le pont entre 1947 et aujourd’hui et qui permettra aux spectateurs de constater les bienfaits de cette avancée sociale qui tient bon malgré la houle et les remous libéraux. Une fête sociale d’une heure et demie aussi drôle qu’émouvante, à voir absolument.

Théo Martineaud

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