REVIEW: Primaire, d’Hélène Angel

Primaire

[vis ma vie de prof des écoles]

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La plupart des feel good movies ont ceci en commun de faire sortir les spectateurs qui y ont adhéré avec une sensation cotonneuse, à l’instar d’un antalgique particulièrement puissant administré en continu pendant 1h30. Beaucoup de ces œuvres légères s’arrêtent là. On en garde cette impression, on y repense un petit sourire coupable en coin et elles sont soigneusement gardées en tête pour quelque occasion hivernale où le chocolat chaud au chamallow se doit bien d’être accompagné  d’un  film au goût similaire. Et puis il y les autres, celles qui laissent apparaitre, après le temps du repos, du recul et de la réflexion, leurs limites et leurs béances, rendant ce coton a posteriori bien moins agréable. Primaire est, hélas, de ces œuvres-là.

Sara Forestier (une fois de plus excellente) y incarne Florence, une professeur des écoles (et non institutrice) qui doit jongler entre une passion professionnelle envahissante et des déboires conjugaux, avec son fils Denis au centre de l’équation, comme le rappelle littéralement sa position au milieu de la classe. Si le film d’Hélène Angel a un vrai mérite, c’est bien celui d’avoir su retranscrire le quotidien du travail avec les enfants. Parfois même parvient-il à saisir assez finement des attitudes, des postures, des gestes de petits et grands que reconnaitront et apprécieront ceux qui ont ou ont eu la chance d’être en contact avec ces hordes courtes sur pattes, aussi attachantes qu’épuisantes. Cette impression par exemple d’être « au centre d’un réacteur » comme le dit, les larmes aux yeux, la jeune stagiaire dépassée accueillie par Florence, peut devenir le moteur d’une vie ou une terreur proprement paralysante. Le film manque l’occasion de compter durablement sur cette justesse.

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Primaire entrouvre pourtant quelques portes à des interrogations contemporaines qui agitent  l’Ecole : les conflits pédagogiques, la pesanteur et l’abandon hiérarchique, la gestion de l’hétérogénéité et des handicaps ou encore la multiplicité des acteurs de la communauté éducative. Le problème réside évidemment dans le traitement de ces sujets. En choisissant de porter l’essentiel du récit sur l’intimité de Florence et en refusant de s’aventurer dans un registre plus incisif, le film se disperse, première erreur regrettable. La seconde, fatale, est de refermer ce même récit sur lui-même avec une précision horlogère, laissant apparaitre un scénario calibré à l’excès.

Résultat ? Un ensemble superficiel où s’égarent des lieux communs et parfois quelques remarques passéistes (à l’instar des regrets émis quant à la fin du redoublement, très mal venus et incohérents de la part du personnage de Florence), et qui préfère les chemins confortables de la romcom vaguement socialisante à l’interrogation audacieuse de cet univers fondamental qu’est l’École. L’enseignement désigné « plus beau métier du monde » semble être l’inlassable conclusion de ce genre de production, mantra pratique pour s’éviter un regard plus en profondeur, quand bien même cette étiquette figée serait dans le vrai. « Mais voyons, ce n’est qu’un feel good movie » nous dira-t-on. Certes, mais le sujet comme les acteurs de tous âges qui s’avèrent tous intéressants, auraient mérité bien mieux qu’un petit film attendrissant mais sans ambition, qui par manque d’intérêt ne retient pas l’attention au bout du compte.

Kévin Ruiz

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