SÉRIE: The OA

The OA

[pilule bleue ou pilule rouge]

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La jeune Prairie Johnson est retrouvée sept ans après sa disparition et ne répond plus qu’au nom énigmatique de « OA ». Son retour va déstabiliser la routine bien ancrée de sa petite ville d’enfance…La création de Zal Batmanglij et Brit Marling (qui interprète aussi l’héroïne) ne peut laisser indifférent. Que l’on s’extasie ou que l’on s’insurge face à ce conte-qui-n’en-est-pas-un livré Netflix’s style en un seul bloc dense, il parait difficile de porter un jugement tiède à son égard.

Commençons par ce qui saute aux yeux : The OA porte la marque des séries « mystery box » contemporaines. Avec une ambiance éthérée et une trame qui se veut insaisissable, la série est assez classiquement préoccupée par le choc faussement aléatoire des trajectoires individuelles d’une galerie de personnages organisée comme dans un film choral. Si vous pensez spontanément à The Leftovers ou Sense8, alors vous avez saisi de quoi il retourne ici. Arpentant une ligne de crête entre la vie et la mort, entre un avant supposé et un après à imaginer, l’OA pose inlassablement des questions qui restent plus ou moins sans réponses. Elle amène son auditoire (eux comme nous) à croire et à se confier pour dissiper les doutes qui assaillent les individus. En effet, à l’image des poupées russes manipulées par Nancy Johnson au détour d’une scène, le show se présente sous une forme imbriquée, à cette originalité près qu’il ne s’agit pas d’une structure événementielle soutenue par des flashbacks mais d’une mise en abyme narrative. C’est ainsi que nous suivons Prairie, racontant son histoire à d’autres personnages assis en cercle, éclairés par quelques bougies évoquant subtilement le feu de camp avec tout ce qu’il représente dans l’imaginaire collectif. Par-là même, ces réminiscences se chargent d’une tout autre teneur que celle d’un simple effet de montage et posent au cœur de l’œuvre la question primordiale du rapport de l’être humain à la fiction, à la parole et à ses corollaires que sont la vérité et la croyance dans nos vies, a fortiori dans nos sociétés sur-connectées mais humainement sur-fragmentées. En cela The OA  s’avère  fascinant dans sa façon finement métaphysique d’aborder ce que l’on nomme aujourd’hui – peut être un peu rapidement d’ailleurs – l’ère « post-factuelle ».

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Hélas, l’anti-conte de Brit Marling est aussi perclus d’insuffisances qui étouffent quelque peu l’enthousiasme pour le propos et les questionnements brillamment ouverts en creux par la série. Au premier rang des déceptions : la mise en scène et la direction artistique, d’une pauvreté plus que dommageable. Avec un tel sujet et une structure aussi difficile à gérer, une véritable identité visuelle aurait permis d’appuyer le discours, et une réalisation moins convenue aurait aéré et dynamisé un rythme qui patine régulièrement. Certes la manipulation d’un fantastique tenu habilement en lisière du récit est une réussite, au même titre que certaines fulgurances (la « chorégraphie » de Prairie par exemple) qui amènent le show à tutoyer les beaux moments de grâce de Leftovers. Mais cela demeure insuffisant à nous faire détourner le regard des lacunes qui elles s’apparentent aux moments de flottement les plus gênants de Sense8. De même, si le casting tout à fait sympathique est assez convaincant, il est quelque peu plombé par une écriture des personnages qui laisse un goût sinon de faiblesse, en tout cas d’inachevé.

Certes, The OA est une expérience inégale, suivant une trame générale qui malgré ses contorsions s’avère plutôt cousue de fil blanc. Certes, The OA propose un voyage où l’exaltation se heurte trop fréquemment à la frustration. Mais le show mérite d’être vu, imperfections comprises, comme une épreuve réflexive assez intense et bienvenue en ces temps de trouble. Enfants, nous adorions les histoires que nos parents nous racontaient avant de dormir. Les yeux fermés, nous étions les héros des aventures les plus fantasques, tantôt merveilleuses, tantôt terrifiantes. Laissez donc l’OA vous raconter une histoire et souvenez-vous. Nous avons tous besoin de ça…

Angélique Dreillard et Kévin Ruiz

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