REVIEW: Quelques minutes après minuit, de Juan Antonio Bayona

Quelques minutes avant minuit

[sans violons]

minutes-apres-minuit-ultime-bande-annonce-51365

Le troisième film de Juan Antonio Bayona s’inscrit indéniablement dans la lignée traditionnelle du film fantastique espagnol. L’héritage de Guillermo del Toro, qui est d’ailleurs coproducteur, y est manifeste tout comme certaines inspirations américaines aisément reconnaissables. Mais le film dépasse ces diverses influences en créant un univers singulier dans lequel s’alimentent et se confrontent l’imaginaire et le réel, toujours représentés avec justesse. Conte en forme de parabole, Quelques minutes après minuit est l’histoire d’un enfant d’une dizaine d’années qui tente de surmonter la mort inéluctable de sa mère gravement malade, en imaginant une créature qui le visiterait chaque nuit pour lui raconter des histoires afin d’accepter plus facilement la réalité. Un spectateur attentif comprendra rapidement la mécanique du scénario dont la précision est quasi mathématique, tout comme son issue d’une évidence à peine masquée. Mais là n’est pas l’intérêt du film, qui est par ailleurs, il faut le rappeler, destiné à un public adolescent. La situation du personnage principal, qui doit de plus faire face à des difficultés scolaires et surtout tenir bon dans une famille déchirée, est profondément émouvante, et il serait presque cynique de sortir de la salle sans être ému.

Toutefois, Bayona peine justement à ne pas imposer son propos. Le film avait l’occasion de s’ouvrir un peu plus au spectateur quant à la question du deuil, ce qui nécessitait sans doute un final plus universel, moins replié sur les seuls enjeux dramatiques. Manifestement, telle n’était pas la volonté du scénariste – également auteur du livre éponyme – qui adapte peut-être son œuvre avec une distance insuffisante, l’empêchant de donner plus d’envergure au film. Il demeure que certains plans réels sont  magnifiques (notamment ceux des dessins au début du film), tout comme les séquences animées (les vrais moments de grâce du film), disposant chacune d’une identité visuelle propre. L’inventivité graphique et la réelle virtuosité de mise en scène participent majoritairement du dynamisme du film. Enfin, la principale réussite de Quelques minutes après minuit est de conserver une véritable intensité émotionnelle tout en parvenant à éviter habilement le pathos, pour construire une fable authentiquement poétique. Les violons restent largement au placard et aucune scène n’est gratuite, le réalisateur ayant le bon goût de considérer qu’il n’était pas nécessaire d’en rajouter avec un sujet déjà si sensible.

Jordan Morisseau

Publicités

2 réflexions au sujet de « REVIEW: Quelques minutes après minuit, de Juan Antonio Bayona »

  1. Ah, ça fait plaisir de lire un avis positif sur ce film !

    Un tout petit problème : je ne comprends pas le sens de la phrase ci-dessous, pouvez-vous me l’expliquer je vous prie ? A quel genre de « final plus universel » songez-vous ?

    « Toutefois, Bayona peine justement à ne pas imposer son propos. Le film avait l’occasion de s’ouvrir un peu plus au spectateur quant à la question du deuil, ce qui nécessitait sans doute un final plus universel, moins replié sur les seuls enjeux dramatiques. »

    Pour ma part, je trouve ce film absolument éblouissant, et je ne trouve pas que le film reste fermé au spectateur, bien au contraire : il est difficile de ne pas ressentir une empathie hors du commun pour chacun des personnages du film (comme vous le faites remarquer, « il serait presque cynique de sortir de la salle sans être ému » – quels jeunes cinéastes sont encore capables de cela aujourd’hui ?).

    Je me permets de vous conseiller cet épisode du podcast Nociné sur le film, dans lequel deux enthousiastes (Yannick Dahan et Rafik Djoumi) livrent leurs commentaires et analyses :

    Ainsi que cette interview de Bayona, qui vaut également le coup :

    http://www.capturemag.net/sur-ecoute/des-images-pour-leternite/

    J'aime

    1. Salut Léo,

      Je pense que Jordan a pu être un peu gêné par la présence fantastique, peut-être un poil encombrante sur la fin. Pour ma part j’avoue mettre pour seul petit bémol un léger souci d’équilibre à ce niveau (surtout dans la dernière demi-heure, quand le ton se fait plus grave), même si cela n’a évidemment rien d’incohérent. Il n’empêche que l’empathie et l’émotion qui va avec emportent tout sur leur passage…
      Et ce jeune acteur est incroyable !

      Thomas

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s