REVIEW: Rogue One: A Star Wars Story, de Gareth Edwards

Rogue One: A Star Wars Story

[starfighters au diesel]

rogue_one_a_star_wars_story

On attendait Rogue One de pied ferme pour deux raisons. D’abord, parce que c’est une Star Wars Story, et que la rédaction compte évidemment à son bord plusieurs fans de la saga intergalactique. Ensuite, parce que l’homme aux commandes de ce spin off s’appelle Gareth Edwards. Un réalisateur malin qui avait su passer de Monsters (2010), charmant film de SF indé et intimiste, au solide reboot de Godzilla, sorti en 2014. Nous guettions donc avec attention la trajectoire suivie par ce jeune cinéaste. Ce troisième film s’avère doublement rassurant: Star Wars peut visiblement se permettre quelques pas de côté sans perdre de sa magie, et Gareth Edwards confirme son statut mérité de golden boy hollywoodien.

Rogue One trouve son origine dans un extrait du légendaire générique déroulant de l’épisode IV (1977):

Des espions rebelles ont réussi à voler les plans secrets de l’arme ultime de l’Empire, l’Étoile de la Mort, une station spatiale blindée avec assez d’énergie pour détruire une planète entière.

Voici donc le postulat de base autour duquel s’articule l’intrigue, qui ressemble autant à une anecdote au sein de la saga qu’à une opportunité d’aborder le space opera par d’autres sous-genres de la SF et du film d’action. Edwards suit deux inspirations relativement nouvelles – en tout cas plus explicites qu’auparavant. La première, celle qui mène au grand spectacle des scènes les plus mouvementées, est celle du film de guerre. La seconde, intrinsèquement liée à la première et inévitable compte tenu de l’angle sous lequel l’histoire est ici abordée, est celle du film d’espionnage. Rogue One n’en vient à emprunter ces deux voies qu’à partir de son deuxième tiers, après une interminable introduction de tous les personnages (trop nombreux) et des instances qui s’affronteront par la suite.

C’est le souci majeur de ce « film-parenthèse », qui parce qu’elle lui fait défaut, laisse apparaître la plus belle qualité de Star Wars: la création de personnages inoubliables. La tâche la plus ardue de ce spin off était de constituer une troupe de héros éphémères mais attachants, et force est d’admettre qu’au vu du temps accordé à leur rencontre, on sort de la salle légèrement déçu. Aucune nouvelle tête ne s’avère assez marquante pour faire de Rogue One un film essentiel de la licence, à part peut-être un droïde, K-2SO, ancien robot de l’Empire reprogrammé au service des rebelles, dont l’humour fait mouche à maintes reprises. Sa silhouette mécanique élancée – qui rappelle le géant de fer de Brad Bird – et sa voix similaire à celle de C-3PO le rendent sympathique. L’héroïne Jyn Erso (Felicity Jones) doit se contenter de la figure archétypale de l’orpheline endurcie par la solitude, et le récit de son enfance alourdit le film. Quant aux autres membres de ce commando de fortune, leur portrait est à peine esquissé.

233515

Mais tout n’est pas déséquilibre dans ce film passerelle, qui réussit par ailleurs beaucoup de choses, tant dans le respect de la saga que dans son affirmation comme film-dérivé mais singulier. Certains clins d’œil sont plus ou moins réussis (un carton de titre étoilé apparaît de manière inopinée comme substitut au générique déroulant) et quelques caméos sont discutables, mais dans l’ensemble le raccord avec la trilogie originale est assuré avec maîtrise. Rogue One est particulièrement proche de L’Empire contre-attaque (1980). On y retrouve la même atmosphère glaciale et une identité visuelle qui va des costumes et du design des vaisseaux jusqu’à l’aspect crasseux de certains décors. Le retour de Dark Vador, dans toute sa puissance iconique, est également impressionnant. L’absence de Dark Sidious en fait le vrai grand méchant du film, et son ultime apparition est mise en scène comme l’irruption d’un tueur de film d’épouvante. Scène finale qui fera vibrer tous les fans de la première heure, par le naturel avec lequel elle s’imbrique dans l’introduction du Nouvel espoir.

Le film prend son indépendance dans ses choix de mise en scène et de montage (fini les volets hors du temps), et dans le jusqu’au-boutisme de ses scènes belliqueuses. Dans la dernière partie, le réalisateur livre un pur film de guerre (avec des batailles terrestres et spatiales grandioses) qui s’éteint dans le chaos semé par la rébellion. Le champ de bataille, l’exotique planète Scarif, rappelle d’ailleurs un autre atout non négligeable de l’univers Star Wars: sa richesse topographique. Les lieux se multiplient tout au long du film et en font un vrai voyage, occasion trop souvent manquée par les grands films de SF de ces dernières années. Si la réalisation turbulente de Gareth Edwards ne permet pas toujours d’arrêter son regard sur certains paysages – contemplation dont ne se privait pas JJ Abrams lorsqu’il filmait Jakku pour Le Réveil de la Force -, on retient malgré tout l’alternance excitante des spécificités visuelles de chaque monde exploré. Par ailleurs, si l’on reconnaît volontiers cette qualité au film d’Abrams, il apparaît évident que le scénario de Rogue One, moins porté sur la grande aventure que sur les coulisses d’un conflit, cède moins d’espace à Edwards pour sublimer les décors dans lesquels il tourne.

rogue-one-a-star-wars-story-photo-962382

A la musique, Michael Giacchino s’en sort admirablement, sous l’inévitable influence de John Williams. Les cuivres résonnent comme à l’accoutumée, se mêlant au sound design très reconnaissable des pistolasers, tirs de vaisseaux spatiaux, bips de droïdes et autres bruits caractéristiques de l’univers de la saga. Cette empreinte sonore, immanquable et pourtant peu mentionnée, constitue peut-être le lien le plus fort unissant les huit films. Difficile de passer à côté en se penchant sur ce dernier film qui fait sonner tant de voix mécaniques et humaines – des murmures épuisés de Saw Guerrara aux emportements robotiques de Vador.

Rogue One est un divertissement plutôt réussi, doublé d’un film étonnant sur l’arrière-plan des grands conflits qui structurent toute la saga. S’il est bien trop long à démarrer et reste trop en surface concernant l’écriture de ses personnages, il réussit dans sa seconde moitié à marquer des points là où bon nombre de blockbusters contemporains peinent à se démarquer. Jamais il n’atteint l’émotion du Réveil de la Force, mais sa capacité à raccorder ce spin off avec brio aux meilleurs films de la série nous fait dire que Gareth Edwards a correctement rempli son contrat.

Thomas Manceau

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s