REVIEW: Sully, de Clint Eastwood

Sully

[un pour tous]

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L’histoire est connue, elle a fait le tour des réseaux sociaux et des télévisions le 15 Janvier 2009: le Capitaine Chelsey « Sully » Sullinberg  a réussi à poser son A-320 sur l’Hudson river à New York, sans morts ni blessés graves. Pour réaliser ce biopic qui retrace quelques jours de la vie du pilote, Clint Eastwood a fait appel à Tom Hanks. L’acteur reprend, après le succès de l’avant-dernier Spielberg (Le Pont des espions), son rôle récurrent d’américain ordinaire, au service du collectif et dévoué aux causes perdues. Après l’accident, Sully fait face à un accueil duel, applaudi par les new-yorkais mais suspecté par l’agence de sécurité aérienne de n’avoir pas tout fait pour sauver l’appareil, s’étant notamment refusé à ramener l’avion à l’aéroport de la Guardia. Sully et son copilote Jeff Skiles (Aaron Eckhart) se retrouvent seuls, éloignés de leur famille le temps de l’enquête. Les personnages esseulés sont isolés dans le cadre, les flash-backs et les rêveries arrivent dans les moments de calme et de solitude. Le classicisme de la mise en scène apparait surtout pendant les interrogatoires des deux pilotes ou le champ contrechamp s’impose symboliquement pour séparer les parties, et exposer en plein jour les contradictions et les oppositions entre les pilotes et l’agence de sécurité.

Dans ce film, Clint Eastwood allie l’élaboration du suspense et de l’action à la mise en forme d’une lecture de l’image qui avait pris racine dans le cinéma américain. Depuis l’attentat de JFK, et plus récemment avec les images du World Trade Center, le visionnage et le revisionnage (comme l’écoute et la réécoute) a construit un véritable motif de croyance dans l’image. Celle-ci serait porteuse d’une vérité censée apparaitre comme une évidence, devenir une preuve nécessaire au rétablissement de la vérité des faits. Après l’assassinat de JFK, le cinéma américain a élaboré toute une cinématographie reprenant cette idée d’image authentique pour mieux montrer les manipulations et les fantasmes qu’elles portent. De Conversation Secrête (Francis Ford Coppola, 1974) à Blow-out (Brian De Palma, 1981) en passant par A cause d’un assassinat (Alan J. Pakula, 1974), cette idée d’une vérité éclatante que seuls l’enregistrement et, de manière générale, la technologie, seraient à même de nous donner a déjà été critiquée au cinéma. Malgré tout, Eastwood repose la question par la mise en cause de la dimension humaine d’un acte jugé « impossible ». Nous retrouvons ici l’intérêt d’Eastwood pour l’humain face à l’emballement mécanique. Cela s’incarne notamment à travers les images qu’il donne des médias et de l’indécence de leur entertainment funeste, mais aussi dans les doutes émis par les simulations et les autres expertises jetées à la figure des deux protagonistes et des spectateurs. Cette remise en question permanente de la parole des pilotes et le doute sur la fiabilité de l’enregistrement débouchent sur une révélation finale à la fois drôle et consternante de bêtise.

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Comme souvent chez Eastwood, il s’agit de revenir sur la figure du héros ordinaire accomplissant l’extraordinaire, le tout en glorifiant la population de New York et plus largement celle des États-Unis, mais en la plaçant aussi face à la limite des institutions désincarnées qui la régissent (c’était déjà le cas dans American Sniper). Quant à Tom Hanks, il continue d’explorer les multiples facettes du « héros malgré lui », refusant humblement le statut qu’on lui impose, et se resituant toujours dans le collectif, parmi le reste de la population, en simple citoyen.

Sur le plan esthétique, le travail du directeur de la photographie Tom Stern (Million Dollar Baby, Mémoire de nos pères, Gran Torino et American Sniper entre autres) parvient à créer une image froide liée non seulement aux circonstances météorologiques propres au récit rapporté (il faisait -20°C à New York ce jour-là) mais aussi aux teintes des images de surveillance qui ont circulé sur le web après l’accident. De plus, ces couleurs froides anticipent les relations conflictuelles entre les personnages principaux et leurs interlocuteurs de l’agence de sécurité aérienne le temps de l’enquête.

A travers le travail minutieux du montage en flash-back de l’accident, et jusque dans les rêveries hantées par la culpabilité du personnage, Eastwood remue des images traumatiques du 11 Septembre 2001. La glorification de l’Amérique telle qu’elle peut l’être habituellement chez ce cinéaste (dont le patriotisme n’a pas toujours que du bon) se concentre ici sur les forces vives et actives des secours et des hommes de l’ombre agissant à l’écart des projecteurs pour leur communauté. A ceux-là, Eastwood oppose de façon très claire l’emballement des médias et leurs phrases morbides, et les analystes  indifférents aux valeurs humaines. Mais ici, c’est la dimension collective qui importe, bien visible à l’écran à travers le soin qu’il prend de montrer tous les acteurs du sauvetage, et le portrait humain de Sully.

Théo Martineaud

 

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