[FESTIVAL] Poitiers 2016: Notre palmarès

Poitiers Film Festival 2016

[bilan et palmarès des rédacteurs]

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Hier soir se tenait la cérémonie de clôture d’une bien belle édition du Poitiers Film Festival. Dans une joie communicative, les jeunes réalisateurs et réalisatrices des quelques-uns des quarante-neuf films en compétition cette année sont venus assister à la remise des prix de différents jurys, avant de se retrouver pour une dernière soirée pictavienne organisée à l’intérieur du TAP. Si le Grand prix fut remis au beau portrait israélien Anna, de la réalisatrice Or Sinai, le grand gagnant de la soirée s’appelle Maximilian Feldmann. Le jeune réalisateur allemand avait déjà fait une apparition ici-même alors que Théo livrait ses premiers coups de cœur de la compétition. Il a remporté pour son moyen-métrage Victoria le Prix Amnesty International, le Prix du public ainsi que le Prix Spécial du jury. Succès d’un film fort et audacieux, à qui l’on souhaite une belle carrière, comme à son auteur. Le Prix du scénario est revenu au non moins touchant Out of Reach, de la cinéaste Israélienne Efrat Rasner. Le film proposait, dans l’univers nostalgique d’une petite boutique de numérisation de VHS, une romance entre la jeune employée du magasin et le frère d’un mystérieux client de longue date. Le Prix de la mise en scène ainsi que le Prix de la critique sont revenus à notre favori, le film suisse Millimeterle, de Pascal Reinmann. Le jury étudiant a récompensé un autre film figurant dans notre palmarès: Fuerza Bruta, de Laura Baumeister. Enfin, concernant la compétition, le court-métrage d’animation Novembre, de Marjolaine Perreten, que nous avions beaucoup apprécié également, et Tutte le cose sono piene di lei de Maria Tilli, émouvant portrait d’une nonagénaire partageant ses dernières journées avec sa petite fille, furent respectivement récompensés par le Prix La Fabrique à Histoires et la Mention spéciale du jury de la critique.

Et notre avis, dans tout ça ? Tout d’abord, on ne peut que se réjouir de la diversité de la sélection, à tous les niveaux. Artistique, bien sûr, avec de belles découvertes tant en fiction qu’en documentaire, et une variété stimulante dans les films d’animation présentés. L’animation a d’ailleurs audacieusement croisé les genres en adaptant sa forme aux sujets et aux recherches ingénieuses des cinéastes (les documentaires sonores Blanquette, de Charlie Belin, et Whatever the Weather, de Remo Scherrer, la pause contemplative de Novembre, de Marjolaine Perreten, l’autobiographie expérimentale de I Made You, I Kill You, d’Alexandru Petru Badelita, ou encore le portrait halluciné de Dokument, de Marcin Podolec). Diversité géographique, naturellement, avec un certain nombre de cinéastes soucieux de nous montrer des paysages, de nous faire découvrir des richesses culturelles (Ameryka, d’Aleksandra Terpinska, Ayaldama, de Dias Kulmakov) ou de nous rappeler des problématiques très actuelles dans certains pays étrangers (comme le courageux Tenderness, d’Emilia Zielonka, sur le sujet brûlant de l’avortement en Pologne). Enfin, diversité inédite et extrêmement enthousiasmante: celle des genres, avec une majorité de réalisatrices, et quelques magnifiques portraits féminins. Il y avait tout ça (et bien plus !) dans la compétition internationale du PFF 2016. On en sort ravis et très impatients de voir la suite du parcours de tous ces jeunes artistes inspirés et inspirants.

Voici enfin notre palmarès, virtuel mais non moins sincère, qui regroupe les films nous ayant le plus touchés.

GRAND PRIX

Millimeterle, de Pascal Reinmann, Suisse (école ZHdk)

En seize minutes, Millimeterle réussit tout. Il a beaucoup été dit du film qu’il relevait d’une parfaite maîtrise. En effet, la mise en scène efficace de Pascal Reinmann, et le montage précis des images sont au service d’un scénario aussi abouti que risqué. On y suit la nuit passée par des adolescents à l’intérieur de la piscine dans laquelle ils ont réussi à s’introduire après la fermeture. L’atmosphère nocturne d’un lieu de plaisir le transforme en décor de cauchemar dans lequel Reinmann parvient à mettre en scène les pulsions et les bouleversements au sein du groupe, traduits par un ballet de corps furtifs et équilibristes. Grâce à un certain souci du détail, le cinéaste fait monter la tension à coups de gros plans sur les pieds qui glissent, les mains qui agrippent, mais aussi par son attention portée à ce décor rendu inquiétant, qui supposait un jeu d’ombres et de lumières complexe, et finalement exécuté à la perfection. Mais par-delà cette réussite formelle incontestable, Millimeterle percute et nous laisse sans voix lorsqu’arrive le générique, car il prend sur le fond de nombreux risques concourant à la décharge d’adrénaline qu’il parvient à provoquer. Sans craindre de choquer et assumant jusqu’au bout son sujet casse-gueule, le film explore une facette sombre et perverse de l’adolescence en redistribuant sans arrêt les rôles de la victime et du bourreau. En bref, Reinmann nous a brillamment convaincus de garder un œil sur ses projets à venir.

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PRIX SPÉCIAL

Au loin, Baltimore, de Lola Quivoron, France (La Fémis)

Dans le tumulte de la cérémonie de remise des prix, le court-métrage Au loin Baltimore, de Lola Quivoron, est passé quelque peu inaperçu. En suivant une bande d’amis sur leurs motos, s’avançant fièrement en wheeling dans les rues d’une cité, ce court-métrage s’écarte très vite des sentiers battus en allant puiser dans la contre-culture américaine pour faire s’émanciper ses personnages, jeunes de banlieue trop souvent caricaturés dans la fiction française. Dans cette chevauchée motorisée qui ouvre le film, la mécanique se rompt et notre personnage doit rentrer chez lui afin de réparer une panne technique. C’est en rentrant dans l’appartement familial qu’Akro, le motard équilibriste, retrouve son petit frère déçu de ne pas avoir été emmené à l’entrainement de football par son père, qui dort profondément. D’abord séparés dans des cadres distincts, les deux frères sont peu à peu amenés à coexister dans le plan, la caméra opérant le rapprochement de leur condition. Le lien se noue définitivement dans une sublime scène de bain centrale, qui réconcilie les deux personnages par le biais d’un dialogue touchant et brillant d’évidence. Le mouvement que produit ensuite la machine devient le seul refuge des deux frères, et se traduit par une véritable idée de mise en scène portée par des plans au steadycam libérateurs, nous berçant dans un flottement apaisant aux côtés des riders qui filent à travers la nuit en enchaînant les acrobaties. Ce court-métrage parvient à faire vivre deux influences cinématographiques, celle du cinéma social qui s’incarne à travers la situation du petit frère (magistralement interprété), et celle du cinéma américain, celui de l’espace et du mouvement, incarné par Akro. Oublié par le jury et la critique, Au loin Baltimore est pourtant un véritable essai cinématographique, tendre, cinéphile et d’une justesse remarquable. Lola Quivoron est assurément une cinéaste à suivre.

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PRIX DE LA MISE EN SCÈNE

Fuerza Bruta, de Laura Baumeister, Mexique (Centro de Capacitacion Cinematografica)

Comme Millimeterle, Fuerza Bruta aurait pu être récompensé pour de nombreuses qualités différentes. Nous mettons en avant sa réalisation car au-delà de sa performance technique, elle réussit l’exploit de rassembler des images singulières au service d’un récit très personnel. Au cours d’un échange à propos de son film, la jeune cinéaste a expliqué que ce portrait d’une femme tentant de s’émanciper par un retour à une forme d’animalité lui était inspiré par le bouleversement subi lorsqu’elle quitta son petit village natal du Nicaragua pour Mexico. L’angoisse et l’oppression de la civilisation, l’abrutissement sonore et le matérialisme en contraste avec la pureté de la nature et l’insouciance qui y règne librement: tout ceci se trouve merveilleusement représenté par le film, véritable tourbillon d’émotions contraires. Avançant à un rythme très particulier (entre séquences physiques brutales et moments introspectifs plus apaisés), jouant sur des échelles de plans dans lesquels les personnages passent par tous les états physiques et mentaux, le film est l’un des plus marquants du festival. Par ailleurs, encore une fois, le risque, celui de son sujet et de la direction très complexe des acteurs, nous conforte dans l’idée évidente que nous portons une attention très particulière aux cinéastes casse-cou.

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PRIX DU SCENARIO

Peacock, de Ondrej Hudecek, République Tchèque (École FAMU)

Parce qu’il est difficile de lier le travail de l’écriture cinématographique au travail d’une écriture dramaturgique préexistante, le film Peacock mérite une attention toute particulière. Ce court-métrage était le seul et unique « film d’époque » de la compétition, s’intéressant à la vie d’un auteur ayant réellement existé, le dramaturge tchèque Ladislav Stroupežnický (1850-1892). Avec sa voix-off chaleureuse de conteur et ses plans larges superbement composés, ce film était une véritable respiration dans le flux des dix sélections du festival. Son rythme maitrisé et son intrigue à la fois grave et drôle, parviennent à créer une douce mélancolie qui peut nous faire penser aux films de Wes Anderson. A ceci près que la dimension littéraire se retrouve plus dans le romanesque de la vie tortueuse de son personnage que dans la dimension graphique avec laquelle joue le réalisateur du Grand Budapest Hotel. En alliant la comédie au drame avec une étonnante facilité et pour son jeu de formes déboussolant, Peacock s’impose parmi nos coups de cœur. De la littérarité de sa voix-off à ses compositions lumineuses, cette comédie en trois actes se joue des codes et parvient à toucher une corde sensible.

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Rendez-vous dans un an !

Thomas Manceau & Théo Martineaud

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