[FESTIVAL] Poitiers 2016: Nouveaux coups de cœur

Poitiers Film Festival 2016

[nouveaux coups de cœur]

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Au cours de la cinquième journée du festival, Thomas et Théo ont pu assister aux sélections 5, 6 et 7 de la compétition internationale. Voici leurs nouveaux coups de cœur !

Sélection 5

Tenderness, d’Emilia Zielonka, Pologne, Gdynia Film School

Des regards amoureux, des gestes attentionnés, les premiers plans de ce court-métrage sont déroutants. D’abord, on croirait voir une idylle outrageusement romantique, presque mièvre. Ce n’est qu’une fois arrivés à l’hôtel qu’il nous apparait évident que nos personnages ne se sont pas réunis pour une nuit d’amour…La virginité corporelle des acteurs n’a d’égale que la violence de la scène qu’ils vont vivre : un avortement. La parcimonie des paroles s’associe à un parti-pris de mise en scène, celui de donner à l’image une beauté froide et inquiétante. Dans le lieu impersonnel de l’hôtel, les corps sont effleurés mais l’image saigne et chaque tâche de sang impose une rupture graphique qui se démarque de la romance angélique. Il est certain que ce film fera parler, tout d’abord parce qu’il résonne avec l’actualité de l’avortement en Pologne. Le parti conservateur a tenté de faire passer une loi qui interdisait l’interruption volontaire de grossesse. Beaucoup de manifestants se sont mobilisés, et ont finalement réussi à faire retirer le projet. Toutefois, derrière le combat social et la lutte du droit des femmes à disposer de leur corps, ce film interroge la possibilité de l’amour entre deux individus après l’IVG. Le tour de force réside dans l’épisode central, dans l’attention que la cinéaste porte aux corps. La tendresse entre les personnages atteint les spectateurs, traités avec soin et pudeur par la réalisatrice, à travers un sujet toujours brûlant.

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Sélection 6

Blanquette, de Charlie Belin, France, La Poudrière

Le concept est simple : capter l’atmosphère, jusque dans les moindres détails, d’un repas de famille. Le dispositif employé par Charlie Belin est toutefois subtile et ingénieux. Si ce court-métrage de quatre minutes est un film d’animation, il possède une dimension documentaire qui passe par le travail du son. Enregistrée avec minutie au cours de huit repas différents, la diversité sonore (tintement des verres qui s’entrechoquent, variations de tons et de hauteurs de voix…) concourt au réalisme de Blanquette, qui rappellera à chaque spectateur les anodines discussions qui animent les réunions familiales. Et l’animation, dans tout ça ? La beauté du geste de Charlie Belin est la simplification des traits, non par facilité mais bien pour laisser le son résonner. Par ailleurs, la forme volontairement lacunaire des silhouettes et du décor permettent de faire apparaitre des mouvements singuliers, étrangement fluides et parfaitement accordés au flux de parole des personnages. Un bien sympathique film d’animation, qui porte son regard documentaire et autobiographique avec autant de sincérité que d’originalité.

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Valentina, de Maximilian Feldman, Allemagne, Filmakademie Baden-Württemberg

Valentina est une petite fille de dix ans qui vit dans la rue avec sa famille. Nous la suivons dans ses occupations journalières et découvrons son environnement. Ses parents, ses frères et sœurs, sa maison et ses activités se dévoilent à travers ce portrait documentaire aux allures de film familial. Pris dans un noir et blanc contrasté, ce film documentaire colle à la réalité. Il lève le voile sur une situation bien visible mais méconnue, en apportant un regard empathique sur les individus qu’il filme. En plus d’être une réussite formelle incontestable, le film et son discours tordent la critique pseudo-éthique qui consiste à refuser une réalité embellie par l’image. Bien que celle-ci soit somptueuse, la beauté plastique du film tient plus à ses personnages, à leurs visages, à leur dignité et à la tendresse des relations familiales. De plus, le réalisateur fait le pari de nous montrer comment il a pu tourner avec Valentina : la famille a été payée pour le film. Ce détail ne change pas la teneur politique et éthique du film, mais permet au réalisateur de souligner une autre réalité souvent tue par ce genre de film. Malgré la misère dans laquelle elle vit, Valentina est une petite fille pleine de vie, très attachée à sa famille. La dimension humaine du film est si forte qu’elle rappelle à quel point la communauté rom est réifiée, voire instrumentalisée par la plupart des caméras télévisuelles ou documentaires qui, sous couvert d’objectivité, ne donnent qu’une vision aseptisée et impersonnelle de leur situation, que Maximilan Feldman a su saisir dans sa complexité,  grâce à l’humanité débordante des personnes qu’il a pu filmer.

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Sélection 7

I Made You, I Kill You, d’Alexandru Petru Badelita, France, Le Fresnoy

Véritable autobiographie animée, I Made You, I Kill You est un film fort qui regorge de trouvailles visuelles et d’inventivité plastique. Retraçant l’enfance de son narrateur, ce film dispose d’une voix-je en voix-off, qui raconte au gré de constructions visuelles sur fond d’Erik Satie. L’image est considérée sous tous les angles, déchirée, augmentée, animée, dévorée. Dans son effervescence, le film traduit le désir de retrouver une image, celle d’une famille brisée qui n’a gardé que peu de traces de son unité précaire. Les techniques d’animation et les recompositions photographiques tendent à exposer un film libre, et une plaie ouverte – celle d’une enfance tourmentée – que le cheminement de la voix-je et les frémissements de l’image participent à cicatriser. Un film fort, à la fois noir et tendre, à découvrir au plus vite si vous ne l’avez déjà vu.

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Textes de Thomas Manceau & Théo Martineaud

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