REVIEW: Doctor Strange, de Scott Derrickson

Doctor Strange

[sortir par les yeux]

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La bataille industrielle continue de faire des victimes dans le monde du cinéma contemporain. Attention, Doctor Strange entre dans l’arène du studio Marvel. Avec une mise en situation expédiée en deux temps trois mouvements, le film reprend la persona que Benedict Cumberbatch promène à longueur de films, c’est-à-dire celle du génie antipathique révélée dans la série britannique Sherlock, pensant que l’image d’un acteur suffit à faire un personnage. En délaissant totalement la dimension ludique et adolescente qui faisait la force des réalisations plus indépendantes de Marvel (ce qui nous fait toujours remonter au Spider Man de Sam Raimi il y a 14 ans déjà), cette nouvelle franchise nous montre un aspect du blockbuster américain qui caractérisait particulièrement le dernier né des studios DC, Suicide Squad. Il faut cacher honteusement un scénario écrit sur un ticket de bus derrière des effets visuels démiurgiques et une 3D boursoufflée, le tout en croisant les doigts pour que le spectateur n’y voie que du feu et reste bouche-bée face au stroboscope tridimensionnel que lui assène un montage épileptique. Ce film ferait passer les clips de la chaine MTV pour du cinéma contemplatif.

Avec sa bande annonce qui nous rappelait notamment la flexibilité des décors d’Inception, Doctor Strange partait pourtant avec des atouts non négligeables. D’abord ses acteurs: Tilda Swinton, Mads Mikkelsen et même Benedict Cumberbatch, composaient à eux trois un casting plein de promesses ; mais là encore la machine Marvel parvient à les déposséder de leur talent. Inexistants dans des cadres trop limités, réduits à quelques combats poussifs qui ne rivalisent pas avec les effets déréalisants d’un monde plastique outrancier, les acteurs de Doctor Strange subissent eux-aussi la mécanique lissée et chirurgicale d’une industrie du divertissement en cruel manque d’idées mais possédant les technologies les plus avancées. De la confiture donnée à des cochons. De cet impressionnant maelstrom visuel, le fantastique fait grise mine et le récit se réduit à quelques lieux communs : Katmandou pour le mysticisme, Londres pour l’action et New York comme symbole de l’ancienne vie du docteur. Autant de lieux dans lesquels le film cherche à nous montrer la paternité Marvel à coup de logos (le « A » de la tour des Avengers) et de petites blagues qui au mieux nous font sourire, au pire nous laissent indifférents.

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Que reste-t-il de nos amours de jeunesse, de ces films de super-héros qui ne reniaient pas leur part enfantine, et jouaient même de leur côté ado pour transgresser les formes et les attentes des spectateurs ? On pourrait croire que Marvel nous prend aujourd’hui pour de grands ados attardés qui suivent à la ligne les répliques de leurs comic-books plastifiés, rangés dans leurs vitrines que seule la poussière parvient à atteindre. Ce qui est révoltant dans ce film est résumé en images dans la séquence où l’apprenti Doctor Strange découvre ses pouvoirs. Le typhon visuel numérique nous emporte dans ses brusques mouvements et nous sommes littéralement happés par cette effervescence. Mais cette débauche d’effets est vaine, feignant de jouer sur tous les tableaux sans en remplir aucun. De ce point de vue, les ruptures visuelles qu’entrainaient les recouvrements citadins d’Inception apportaient au film cette dimension merveilleuse d’un réel tordu, d’un pli imaginaire incarné. Ici, les effets spéciaux nous montrent leur force de frappe, se jouent de nos sens sans interroger l’image qu’ils forment. Un film magicien qui comme beaucoup d’autres, nous lance de la poudre aux yeux pour dissimuler la farce de son tour : réussir à tenir deux heures en lévitation épileptique au-dessus de son public.

En proposant une tambouille thématique et visuelle liant Matrix, Inception, et l’imagerie du mysticisme, Doctor Strange ne fait que creuser un peu plus le gouffre dans lequel la franchise Marvel s’enfonce, film après film. L’intérêt technologique que l’on peut porter aux blockbusters américains sera ici déçu à l’issue d’une expérience désagréable: on apprend seulement que grâce à la 3D, il est possible d’avoir le mal de mer et le vertige en même en temps.

Théo Martineaud

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