REVIEW: Miss Peregrine et les enfants particuliers, de Tim Burton

Miss Peregrine et les enfants particuliers

[Burton’s avengers]

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Il ronronnait tant depuis près de dix ans qu’on imaginait mal Tim Burton en mesure de redonner un peu de souffle au film de super-héros (oui oui), genre dont le niveau de créativité est en chute libre depuis la fin des trilogies de Sam Raimi (Spiderman) et de Christopher Nolan (The Dark Knight). C’est pourtant le père d’Edward aux mains d’argent qui signe le film idéal après les ratages de DC, qui éclipsent par ailleurs étrangement le néant artistique caractérisant la quasi-intégralité des productions Marvel depuis Iron Man (2008). S’il se présente sous les traits d’un film fantastique familial parfaitement burtonien, Miss Peregrine est une histoire d’enfants aux pouvoirs surnaturels, confinés dans un repère tenu secret et protégé par la charismatique maîtresse des lieux (fantastique Eva Green) – un peu comme dans X-Men. Jake, un jeune homme convaincu qu’il est ordinaire, découvre ce microcosme singulier, et dans le même temps ses propres pouvoirs. Il décide alors de se rapprocher de cette petite troupe de marginaux qui devra bientôt faire face à une menace invisible pour le commun des mortels: les « sépulcreux » (voir photo ci-dessous).

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La réussite globale du film tient à plusieurs qualités partagées par les meilleurs films de Burton. Il y a d’abord ce regard tendre posé sur ses étranges personnages. Car ces enfants sont pour la plupart des freaks, mais leurs manifestations dans le vieil orphelinat ne sont jamais réduites à des apparitions insolites ou sensationnelles. Les premières séquences dans ce lieu hors du temps (les meilleures du film) sont une succession de portraits révélant la personnalité de chaque enfant, souvent à travers sa relation avec ses camarades. Le film est particulièrement beau lorsqu’il n’exhibe pas les pouvoirs des enfants à des fins spectaculaires, mais les montre comme des gestes familiers, parfois même dissimulés par timidité (voir la fillette qui n’ose pas se nourrir devant Jake par la bouche effrayante qui s’ouvre derrière son crâne). Ces gestes sont aussi souvent altruistes: l’esprit de groupe et l’entraide sont présents bien avant la bataille, dans les rituels ordinaires qui ponctuent leurs journées à l’orphelinat.

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Pour autant, la virtuosité du cinéaste n’est pas toujours en retenue et le film dispose d’effets visuels irréprochables qui donnent lieu à quelques séquences époustouflantes. Mais jusque dans la scène du combat final, Tim Burton préfère émerveiller qu’épater. S’il s’agit en partie de respecter l’œuvre originale, on peut aussi y voir une affirmation du genre qui manque aux films de super-héros récents. Rares sont ceux qui s’accordent à dire qu’Avengers, X-Men et autres Suicide Squad ne racontent que l’affrontement sans fin de mutants (et/ou extra-terrestres) en costumes plus ou moins moulants. Les financiers tirant les ficelles de ces productions formatées s’évertuent à politiser leurs marionnettes masquées, à les faire évoluer dans des univers humains plombés par un esprit de sérieux toujours plus assommant. Les films de super-héros ont aujourd’hui tant de succès auprès du public adulte que leurs producteurs semblent oublier les chambres d’adolescents dans lesquelles ils trouvent leur origine.

Avec Miss Peregrine, Burton rappelle que l’identification à ces héros fonctionne moins par imitation des comportements de notre société (rationaliser pour séduire les spectateurs adultes) que par une illusion parfaitement assumée (rendre sa magie au cinéma). Il n’est pas toujours nécessaire de rapprocher ces êtres particuliers de notre monde, il faut se laisser porter vers le leur, comme lorsque nous étions enfants.  Le cinéma fantastique de Burton est ainsi un beau contre-exemple à ces blockbusters sournoisement infantilisants. Il s’avère être une variation rafraîchissante sur cette histoire récurrente d’êtres puissants mais étrangers à notre monde (attirant toujours la convoitise d’un autre étranger mal intentionné), vers qui l’on finit par se tourner avant que l’Humanité ne sombre dans le chaos. L’auteur croit à ses personnages autant qu’en la capacité de ses spectateurs à les accepter pour ce qu’ils sont. Jamais il n’use du subterfuge de la « double lecture », particulièrement à la mode dans le cinéma d’animation (autre genre dont l’omniprésence dans le paysage cinématographique actuel est un mystère) pour s’adapter à différentes catégories de spectateurs.

Miss Peregrine n’est pas sans défauts. On aimerait le voir explorer plus longuement cette belle idée du temps remonté chaque nuit par Miss Peregrine pour protéger ses éternels enfants d’un bombardement de la Seconde Guerre mondiale. Cette boucle temporelle ouvrait un champ de possibles excitant, et Burton n’en fait que peu de choses. La fin est particulièrement décevante de ce point de vue, puisqu’elle expédie en deux minutes le plus beau voyage du personnage principal, qui navigue aux quatre coins du monde et traverse diverses époques de l’Histoire. Mais ce regret n’efface pas le plaisir de retrouver le Tim Burton magicien des débuts, cinéaste jouant encore avec assurance de l’illusion propre au dispositif cinématographique.

Thomas Manceau

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