LIVRE: Changements de têtes: de Georges Méliès à David Lynch, de Diane Arnaud

Changements de têtes: de Georges Méliès à David Lynch

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Avant toute chose, il faut souligner le travail remarquable que réalise Rouge Profond. Depuis 28 secondes l’Amérique éclaboussée de Jean Baptiste Thoret, la maison d’édition poursuit son travail de valorisation des essais sur le cinéma, apportant une vision nouvelle qui remet en avant le cinéma de genre.

Dans Changements de têtes, Diane Arnaud nous propose un jeu d’aller-retour constant entre la plasticité corporelle et la plasticité filmique. Elle nous offre des lectures multiples qui dessinent une véritable histoire des formes du changement et des métamorphoses. Ce livre présente des analyses personnelles et partiales de transfigurations qui retracent la cinéphilie de son auteure. Comme l’indique son titre Changements de têtes, De Georges Méliès à David Lynch, l’étendue historique que couvre cet écrit surprend par sa propension à l’archéologie visuelle, proposant parfois des typologies de formes et de motifs relatives aux figures symboliques que l’on entend par « changements de têtes ». Il s’agit de penser la réflexivité des transformations et ce qu’elles nous disent du travail d’acteur et du corps au cinéma.

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Peau et pellicule sont des termes liés étymologiquement, qui se rejoignent ici pour mettre en avant le corps comme avatar filmique. De la pellicule au pixel, nous voyons comment les corps et les têtes révèlent la monstruosité d’un art, d’une technique, d’un mystère qui a su faire de ses acteurs et de leurs visages les formes mouvantes d’un devenir dynamique et d’une monstruosité fantastique et métafilmique. Se dévoile alors une beauté monstrueuse que l’auteure rend sensible, notamment à l’aide du film de Georges Franju Les yeux sans visage (1960), dans lequel le professeur Génessier (Pierre Brasseur) essaye de redonner un visage à sa fille Christiane (Edith Scob) en volant ceux d’autres jeunes femmes qu’il kidnappe. Ce film était récemment cité dans Holy Motors de Leos Carax (2012) dans lequel Edith Scob remettait son masque une fois de plus, appuyant les transformations effectuées par D. Lavant dans le rôle de M. Oscar.

De ces citations et réemplois, Diane Arnaud relève une « poétique du coulissage », le réemploi devenant une forme possible de réincarnation rouvrant les plaies des films et refaisant des sutures provisoires au corps filmique et à son histoire. De L’homme à la tête en caoutchouc de G. Méliès à Holy Motors, en passant par Les yeux sans visages ou encore Body Snatchers de Don Siegel (1956), Diane Arnaud livre un essai accessible et détaillé qui lie analyse et histoire des formes. Accompagné d’une riche iconographie, bien écrit et toujours précis sur les séquences qu’il convoque, ce livre ravira les curieux comme les cinéphiles confirmés.

Théo Martineaud

D’autres ouvrages à découvrir sur le site de Rouge Profond

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