CYCLE: « L’Agonie des Hommes » (2/3) – LA PLANÈTE DES SINGES

CYCLE « L’agonie des Hommes », un cinéma désespéré et lanceur d’alertes

La planète des singes

[oubli]

88694_backdrop_scale_1280xauto

Il y a dans l’Histoire du cinéma des  films qui parfois se résument à un plan sidérant, une image si frappante que l’œuvre s’y réfugie et rayonne en même temps à partir d’elle. C’est le cas de La planète des singes, appelé à devenir un monument de science-fiction et d’anticipation que chaque vision viendrait raffermir. Un film qui impose nécessairement une relecture par sa fin, motivée par ce légendaire dernier rebondissement.

Adapté à partir du roman éponyme du français Pierre Boulle, le film jette un groupe d’astronautes dans un naufrage spatial les menant sur une planète gouvernée par les singes, et où les êtres humains n’occupent guère plus qu’une place de bétail ou de bêtes de foire. Si l’acte fondateur du film est bien le remplacement d’une société humaine par une équivalente simiesque, le but, comme toujours en science-fiction, est bien plus qu’une simple monstration fantastique.

Le roman original se présentait comme une sorte de conte voltairien, à la manière des « micromégas », empruntant aussi aux Voyages de Gulliver de Swift dans sa mécanique d’inversion. Avec une bonne dose d’ironie, parfois même de sarcasme, Pierre Boulle mettait ainsi en lumière les carences, limites et imperfections des différentes facettes de l’édifice humain (social, scientifique, religieux…) en proposant une pirouette finale fataliste mais particulièrement savoureuse.

Schaffner et son équipe ne reprirent qu’en partie cet héritage satirique, parfois pour des raisons techniques et financières (comme l’état d’avancement de la société simiesque), parfois au profit d’une contorsion du ton, moins ironique et plus directement critique. Celle-ci implique une structure narrative très différente, occultant les singes narrateurs pour lui permettre d’atteindre le point de « twist » dans son tombé de rideau. Car encore une fois, tout dans le film n’est qu’une mise en tension préparant magistralement la rupture finale.

planet-of-the-apes

Cependant, on retrouve bien le miroir déformant de la société avec ses strates, ses fondamentalismes, ses ignorances et croyances irrationnelles avec notamment une partie centrale lumineuse choisissant de rendre temporairement muet Richard Taylor (Charlton Heston), le héros misanthrope, l’obligeant à être un spectateur impuissant de sa nouvelle condition, et laissant ainsi tout le loisir à la critique sociétale de se déployer sans parasitage.

C’est la fameuse séquence finale qui impose une relecture éminemment politique au-delà de la charge morale, un enracinement dans le présent inquiet d’une époque autant qu’une ouverture plus large sur l’état et le devenir de l’Humanité. Et la conclusion fataliste qui se produit à l’écran est d’un tout autre ordre que celle de Pierre Boulle qui se voulait plus une saillie darwiniste amusée.

Dans cette planète des singes, c’est bien l’inquiétude, la terreur de l’auto-anéantissement et une forme élevée de pessimisme qui prennent finalement le pas, et en cela le film peut être vu comme le précurseur de ce genre catastrophiste radical qui connut à la fin des années 60 et jusqu’au milieu des années 70 ses heures de gloire avant de céder le pas à des films catastrophe plus « domestiques » (séismes, naufrages, incendies…).

Tableau critique de l’Humanité, grande aventure fantastique et catharsis politique…tels sont les différents enjeux sur lesquels se referme La Planète des singes dans son terrible dernier plan, donnant envie de le déplier inlassablement comme on tournerait les pages d’un vieux livre lu et relu, de ceux qui éveillent la conscience tout en divertissant pleinement.

Kévin Ruiz

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s