SERIE: Stranger Things

Stranger Things

[MK ultra et disparitions inquiétantes]

Stranger-ThingsDevant la recrudescence de nouvelles séries, il devient rare qu’une création originale suscite un enthousiasme aussi fulgurant et large que celui de Stranger Things. Disponible sur Netflix depuis le 15 juillet seulement, cette série est probablement devenue ce qu’on appelle un « classique instantané ». Comment l’expliquer ? L’engouement est-il mérité ?

Le premier coup de force de Stranger Things réside dans l’efficacité avec laquelle elle plonge le spectateur dans son univers. Même en l’absence d’indications précisant le contexte, il n’est pas difficile de déduire des toutes premières images que la série se situe quelque part aux États-Unis, dans les années 80. Si le lieu exact n’a pas vraiment d’importance (d’ailleurs la ville d’Hawkins n’existe  pas dans l’Indiana), l’époque est quant à elle substantiellement liée au récit, les années 80 étant en effet le théâtre de nombreux projets – plus ou moins officiels et assumés – mis en place aux États-Unis et dont les contours et conséquences continuent aujourd’hui d’alimenter fantasmes et controverses.

La série dépeint donc avec brio l’ambiance d’une ville moyenne de cette époque. Il est clair que l’image que l’on a des années 80 aux USA est très largement influencée par les films américains de l’époque. Ainsi, difficile de ne pas penser à E.T. de Steven Spielberg ou même à Ghostbusters d’Ivan Reitman. S’il est peut-être difficile de déterminer si cette ambiance est clichée ou bien représentative de l’époque, toujours est-il que le spectateur, avec les références dont il dispose, ne se sent pas perdu. Les décors, les costumes et les accessoires sont d’ailleurs tous très bien pensés dans cette optique. Il est appréciable de voir que Netflix donne la possibilité à ce genre de projets d’exister avec les moyens de ses ambitions.

Pour en venir au fond, l’histoire principale évoque la disparition de Will Byers, un enfant de 12 ans, et la manière dont diverses personnalités de la ville finiront par mettre leur intelligence ou leur force en commun pour tenter de le retrouver. On trouvera alors associés divers protagonistes, souvent antinomiques, tous singuliers sans jamais être vraiment caricaturaux. Ce panel de personnages, dont l’âge et la classe sociale varient, permettra d’ailleurs à un grand nombre de spectateurs de s’identifier, faisant de Stranger Things une série tout public. Il faut d’ailleurs noter à quel point la série parvient à mêler avec subtilité un certain nombre de sous-intrigues qui trouveront toutes leur place et leur intérêt dans la résolution de l’histoire principale, tout en étant suffisamment étoffées et plausibles pour pouvoir exister indépendamment de celle-ci. La disparition de Will Byers sera en tout cas rapidement associée à toute une série d’événements inquiétants, ou du moins rationnellement inexplicables. Entrent alors en jeu les projets « secrets » menés par les États-Unis, évoqués un peu plus haut.

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Il faut savoir que depuis la fin des années 70, les États-Unis découvrent petit à petit l’existence d’un vaste projet mis en œuvre plus ou moins secrètement par la CIA depuis les années 50, visant à travailler sur le contrôle des foules et la manipulation mentale par l’administration de diverses substances psychotropes (LSD notamment) et l’utilisation de procédés bioélectriques. C’est d’ailleurs ce dernier point qui est  mis en lumière dans la série. Si l’existence de ces programmes de recherche, et principalement du programme MK Ultra, a été révélée au public dès 1979, des documents reproduis depuis laissent entendre que le programme s’est prolongé jusqu’à la fin des années 80. Stranger Things évolue dans ce contexte, jonglant habilement entre la question du complot et de l’emprise de  la CIA (sans jamais la nommer) sur ses citoyens et celle, plus scientifique, du procédé en lui-même et de ses conséquences physiques et mentales sur les sujets de l’expérimentation. Ce dernier point apparaît alors tout à fait propice au développement d’une intrigue mêlant science-fiction et horreur, et vient donner une tournure inattendue et d’autant plus troublante à la disparition du jeune Will.

Il n’est pas nécessaire d’entrer plus en détail, mais notons que la série bénéficie d’une écriture très efficace et d’une réalisation tout à fait convaincante, alimentant chacune intelligemment les sentiments de peur ou de malaise s’insinuant chez le spectateur au fil des huit épisodes. Au service de ce scénario, on retrouve une distribution bien pensée malgré l’absence de grosse star banquable au casting, ce qui relève quasiment de l’exception aujourd’hui pour une série si ambitieuse. Mention spéciale aux nombreux enfants ou adolescents, presque tous très bien interprétés, la palme revenant à la jeune Millie Bobby Brown pour son interprétation magistrale de « El ».

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On regrettera peut-être un dénouement assez convenu, qui ternit quelque peu l’intensité de cette première saison, mais crée tout de même une forte impatience chez le spectateur qui sera probablement récompensé par une saison 2 en 2017. Au final, Stranger Things apparaît donc indéniablement comme la très bonne surprise de 2016. Tout en conservant un côté indé et une certaine fraîcheur, elle sait aborder des sujets très complexes et ambitieux en gardant un premier degré très agréable, alors que le recours à la dérision aurait été plus facile. Pour tout cela, Stranger Things mérite ses louanges.

Jordan Morisseau

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