TOP 10 : Les meilleurs huis clos

TOP 10: LES MEILLEURS HUIS CLOS

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Provenant du langage juridique, le huis clos désigne par extension ce qui a lieu toutes portes fermées, sans que le public soit admis. Se déroulant souvent en petit comité, le huis clos est devenu un véritable vivier d’idées pour les écrivains de tout bord et de toutes disciplines qui y voient le moyen idéal pour explorer les abymes de la psychologie humaine. Si le huis clos peut facilement faire pencher le film vers le théâtre filmé, la plupart des réalisateurs dont nous vous présentons ici les œuvres s’en émancipent et tirent parti du dispositif filmique pour mieux proposer une expérience à part entière. Le caractère oppressant du décor dans lequel se déroulent les actions (tantôt un sous-marin, un cercueil ou encore un vaisseau spatial) devient une métaphore de l’enfermement psychologique des personnages, qui finissent par dévoiler leur véritable nature. Sorte de modèle miniature d’une vie en société dans lequel chaque personnage symbolise un groupe social particulier, le huis clos fait suffoquer autant qu’il donne à réfléchir.

Comprendre le huis clos, c’est aussi pouvoir le définir spécifiquement en fonction des réalisateurs qui se sont employés à en exploiter les formes. À travers une sélection disparate de 10 films de réalisateurs, de pays et de genres différents, nous avons tenté de mettre au jour ce qui caractérise la mise en scène de la claustration mise en œuvre dans ces films. Une chose est sûre, l’esthétique de l’enfermement ouvre un vaste champ des possibles en matière de narration. Si « l’enfer, c’est les autres[1] », alors bienvenue dans des mondes sans pitié où la parole devient objet de résistance et dans lesquels le décor n’est certainement pas pavé de bonnes intentions.

 10.  8 Femmes, François Ozon, 2001

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Dans une immense demeure bourgeoise perdue au milieu de nulle part, encerclée par la neige, un homme a été tué. Huit femmes, de tous les âges et de toutes les classes sociales, liées de près ou de loin à la victime, proclament alors leur innocence. Contraintes à rester dans la maison, elles vont ensemble mener une enquête pour découvrir laquelle d’entre elles est la coupable. Pour cela, chacune va devoir dévoiler une part d’elle-même, un secret gardé enfoui. Par cet exercice de style kitsch, où l’élégance valse avec le ridicule, François Ozon déploie un bouquet de femmes aux teintes chatoyantes. S’appuyant sur l’aura de chacune, il offre à ses actrices (Catherine Deneuve, Fanny Ardant, Danielle Darrieux, Isabelle Huppert…) un écrin où s’épanouir. Parsemant l’intrigue policière d’interludes musicaux, le cinéaste dresse un portrait sonore de chacune d’entre elle, et, les faisant chanter tour à tour, donne à voir leur puissante vulnérabilité.

 

9.  Le bateau (Das Boot), Wolfgang Petersen, 1981

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Das Boot n’est pas un film ordinaire : il s’agit d’une expérience d’immersion de près de 5 heures (!) dans le ventre d’un sous-marin allemand. Huis clos par excellence (seules les scènes d’ouverture et de conclusion se déroulent en extérieur), le film met son spectateur à l’épreuve de la claustrophobie en lui faisant partager le quotidien d’un équipage situé à 200 mètres de profondeur. Le film fait cohabiter les éléments classiques d’un huis clos (clans qui se forment, personnalités qui se dévoilent, mutinerie…) avec l’omniprésence d’un ennemi insidieux : l’eau. L’eau est à la fois ce qui protège le sous-marin de ses ennemis aériens tout en pouvant provoquer sa perte : lorsque vous entendrez le grincement des parois du sous-marin prêtes à céder sous la pression de l’eau, il y a fort à parier que la peur s’infiltrera en vous comme chez ces marins.

 

8. Buried, Rodrigo Cortés, 2010

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Buried est la quintessence du huis clos, ici porté à son expression la plus dépouillée. Un homme, enfermé dans un cercueil, n’a que quelques heures pour en sortir avant d’être définitivement enterré vivant. Seulement muni d’une lampe, d’un couteau, et d’un téléphone à moitié déchargé, il devra faire preuve d’ingéniosité et de courage s’il ne veut pas mourir d’asphyxie… Inspiré par une scène du second Kill Bill de Quentin Tarantino, Rodrigo Cortés s’amuse avec les nerfs du spectateur en créant un crescendo de situations improbables et d’embuches diverses. Avec une parfaite maîtrise, le réalisateur multiplie les cadrages sans aucune répétition, filmant le cercueil comme un personnage à part entière. Puis, vient le twist final…

 

7. Panic Room, David Fincher, 2002

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Lorsqu’il réalise Panic Room, David Fincher a quatre films à son actif dont Alien 3, première percée dans le cinéma hollywoodien, qui s’inscrivait dans la lignée du film original de Ridley Scott : viscéral et claustrophobique. Si la mise en scène clinquante du réalisateur de Fight Club expose sans retenue ses exigences démesurées, il est intéressant de voir ce qu’il fait de ses talents d’esthète dans le cadre le plus commun qui soit. Le film ayant été entièrement « prévisualisé », la maison simulée par ordinateur avant d’être filmée sous tous les angles devient une structure à parcourir, mais aussi l’occasion de contourner l’obstacle physique qui limite les mouvements d’appareil. Fincher profite ainsi d’un cadre fermé, à l’intérieur duquel dessiner des trajectoires de caméra impossibles, franchissant les murs, passant les étages, traversant les objets. Le huis clos emprisonne ici les personnages et libère l’appareil, faisant du film un tour de force qui épate à maintes reprises, sans toutefois éclipser les ressorts efficaces d’un scénario tendu et imprévisible. En permettant la navigation de la caméra d’une pièce à l’autre de la maison, Fincher fait de sa mise en scène omnisciente un moyen de faire tomber le mur de la fiction séparant les victimes qui tentent de s’échapper et les criminels qui souhaitent pénétrer dans la chambre forte. La tension se voit démultipliée par une proximité effrayante entre ces personnages qui se passeraient bien de tout contact…

 

6. Breakfast Club, John Hughes, 1985

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Oui, un teen-movie en huis clos, c’est possible. Ce film en est la preuve. Mais attention, lorsque l’on parle de teen-movie, il ne faut pas penser à la version éculée et caricaturale du genre que l’on nous offre régulièrement depuis vingt ans. Il faut ici l’entendre comme le portrait d’une génération, le témoignage d’une époque, mais aussi plus largement de la fin de l’adolescence. Cinq lycéens se retrouvent un samedi en retenue pour diverses raisons et vont devoir tant bien que mal cohabiter. L’enfermement va alors les confronter au jugement de chacun. Et si ce film, qui a plus de trente ans, peut faire sourire pour son esthétisme quelque peu datée, il reste d’une certaine actualité en ce qu’il traite de sujets récurrents chez les jeunes, à savoir l’acceptation de soi, le regard des autres et l’importance de trouver sa place dans la société. C’est finalement cette forme d’intemporalité dans le propos qui explique qu’il est depuis sa sortie très largement entré dans la pop culture – on ne compte plus les séries TV faisant allusion à ce film – et qui permet à The Breakfast Club de se hisser parmi les grands films du genre.

 

5. L’ange exterminateur (El angel exterminator), Luis Buñuel, 1962

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Fable surréaliste et sarcastique, L’ange exterminateur raconte comment un groupe d’aristocrates se retrouve sous l’emprise d’une mystérieuse force qui les empêche de quitter leur salon. Comme souvent chez Buñuel, l’absurdité d’une situation initiale n’est qu’un prétexte pour écorcher méchamment la bourgeoisie. Le film prend alors une tournure symbolique : les membres de cette classe sociale élevée sont dépeints comme des êtres hypocrites et incapables de faire évoluer leurs propres principes. Le vernis social s’effrite à mesure que les personnalités se révèlent, le tout saupoudré d’un climat onirique dont Buñuel a le secret. La religion catholique, vieille institution que Buñuel maltraite dans chacun de ses films, devient ici un lieu d’enfermement, qui occulte les esprits autant que les cœurs. En donnant ses lettres de noblesse au huis clos, Buñuel en fait un objet politique d’une violence rare.

 

4. Le Limier (Sleuth), Joseph L. Mankiewicz, 1972

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Mankiewicz, épuisé par le tournage dantesque de Cléopâtre, déclara que le seul film qu’il souhaiterait réaliser ne compterait que deux acteurs et se situerait dans une cabine téléphonique. C’est (presque) chose faite avec Le Limier, chef d’œuvre de cynisme où la virtuosité de l’écriture théâtrale de Shaffer se mêle à l’ingéniosité de la mise en scène de Mankiewicz. Un riche écrivain propose à l’amant de sa femme de participer à un jeu singulier : mettre en scène sa propre mort. Une étrange mécanique macabre à base de faux semblants et d’automates va alors se déclencher…Mankiewicz dépasse la théâtralité de l’œuvre d’origine pour en faire son sujet principal. Le labyrinthique manoir de l’écrivain devient en effet une gigantesque scène de théâtre dans laquelle s’organise une chasse à l’homme. Mais ce n’est qu’un jeu, n’est-ce pas ?

 

3. Alien, le huitième passager (Alien), Ridley Scott, 1979

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Véritable film culte du cinéma d’horreur, Alien est un huis clos spatial dans lequel l’équipage du Nostromo embarque un extraterrestre hostile à son bord après avoir visité la planète LV-426. Ce xénomorphe à la pureté évolutionniste monstrueuse commence alors à décimer l’équipage, reclus dans son immense vaisseau labyrinthique. La mise en scène du film nous porte dans des lieux si étranges qu’ils nous coupent bien du monde extérieur et de l’humanité. De plus, l’évolution des plans et des objectifs nous rapproche des visages et des corps qui s’enferment dans les cadres. L’angoisse du hors-champ est renforcée par la proximité oppressante des visages en gros plan. La créature est peu visible dans le film, mais sa présence plane au-dessus de chaque scène. La peur qu’elle puisse être là, parmi les personnages, attendant son heure, fait de chaque plan une image inquiétante. Comme si le vaisseau et la créature ne faisaient plus qu’un. Alien rappelle qu’on ne peut pas échapper à l’image et que le huis clos au cinéma est une composition formelle indépendante de la distance séparant deux murs ou deux planètes.

 

2. Shining (The Shining), Stanley Kubrick, 1980

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A bien des égards, Shining est l’un des films les plus passionnants de Stanley Kubrick. Au-delà des innombrables mystères qu’il recèle, et qui nourrissent l’imaginaire de tous ceux qui se sont risqués à en donner les interprétations les plus farfelues (compilées dans le sympathique documentaire Room 237), l’hôtel Overlook fut le théâtre d’un tournage électrique (Kubrick tyrannique, Nicholson hystérique) et le cadre de l’un des huis clos les plus étouffants jamais mis en scène. Kubrick choisit des décors multicolores aux motifs hypnotiques, et transforme les couloirs interminables en un dédale verrouillé à tous les niveaux. Il n’y a pas plus d’échappatoire à l’intérieur (famille disloquée, présence de fantômes) qu’à l’extérieur (neige paralysante, jardins labyrinthiques). Mais le génie de Kubrick réside surtout dans son incroyable habileté à créer de la peur ailleurs que dans l’obscurité, ici troquée contre une neige lumineuse et des décors psychédéliques. Il fait de cet établissement gigantesque, à l’architecture vertigineuse, une structure au sein de laquelle se développe un paradoxal sentiment d’asphyxie, comme si chaque mur, orné de couleurs enivrantes, envoutait peu à peu les personnages pour mieux se refermer sur eux.

 

1. Fenêtre sur cour (Rear Window), Alfred Hitchcock, 1954

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Un simple champ contre-champ. D’un côté Jeff (James Stewart), un photographe immobilisé par une jambe dans le plâtre, trompe son ennui en regardant par la fenêtre. De l’autre, une façade d’immeuble, où chaque appartement renferme un récit miniature. Jour et nuit, les yeux rivés sur les fenêtres de ses voisins, Jeff scrute leur quotidien, les multiples détails et les micro-drames qui le composent. Fin observateur, il recueille leurs agissements, comme un enquêteur collectionnerait des indices. Jusqu’au jour où le jeu se teinte de danger, lorsque les gestes épiés deviennent des indices l’amenant à croire qu’il est le témoin d’un meurtre. Ce qui se déroule sous ses yeux envahit alors sa propre existence. Jusqu’où l’observation peut-elle aller ? Où commence l’intrusion ? Porté par la curiosité de son personnage, Alfred Hitchcock, le grand maître du suspense, tend un miroir au spectateur en le confrontant à son propre voyeurisme. Il offre également le beau rôle à celle qui comble les ellipses et les vides, qui relie les éclats épars de vie pour les transformer en récit : l’imagination.

Estelle Rocchitelli, Théo Martineaud, Jordan Morisseau, Thomas Manceau et Alban Couteau

[1] Huis clos, Jean Paul Sartre

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