TOP 5: Les plus beaux films d’Alain Resnais

TOP 5 DES PLUS BEAUX FILMS D’ALAIN RESNAIS

 

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Après avoir enchanté des générations de cinéphiles grâce une carrière longue de 70 ans, Alain Resnais tire finalement sa révérence en 2014. Celui dont on ne saura jamais s’il était magicien ou metteur en scène (il rêvait d’une adaptation des aventures de Mandrake le magicien) laisse en héritage vingt longs métrages, vingt pépites cinématographiques qui étincellent dans le patrimoine français. Formaliste, Alain Resnais l’était à travers son insatiable curiosité pour les formes narratives hors normes ainsi que pour les dispositifs brisant la linéarité filmique classique. Ces constructions originales, dont on a parfois pu critiquer la froideur, ne sont pourtant là que pour mieux mettre en avant la complexité des relations psychologiques des personnages. Chez Resnais, expérimentation formelle et émotion du récit ne sont que les deux faces d’une même pièce.

De cette filmographie aussi vaste qu’audacieuse, nous avons extrait 5 films que nous considérons comme les plus remarquables du réalisateur. 5 joyaux scintillants qui prouvent, si l’on en doutait encore, que les plus beaux des rêves se font les yeux grands ouverts…

Hiroshima mon amour, 1959

 

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Le premier long métrage de Resnais révèle toute l’ambition artistique que pouvait avoir le jeune réalisateur à cette époque. Non seulement le film bénéficie d’un scénario original signé par Marguerite Duras, mais en plus, Resnais décide de donner à son film une structure originale, très éloignée des canons cinématographiques en vigueur. Ajoutez à cela une profonde réflexion sur la notion de mémoire (qu’elle soit individuelle ou collective) et vous obtiendrez l’un des films les plus novateurs et complexes de l’histoire du cinéma. Le film se déroule à Hiroshima, quelques temps après les bombardements atomiques. Une jeune française, en tournage au Japon, fait la rencontre d’un japonais avec qui elle a une liaison. Les souvenirs de la jeune femme (dont on ne saura jamais s’ils sont réels ou imaginaires) se mêlent à la mémoire collective du Japon, incarnée par l’homme qu’elle rencontre. Si Hiroshima n’est pas la première collaboration de Resnais avec un écrivain (il a travaillé avec Jean Cayrol pour Nuit et Brouillard et Raymond Queneau pour Le chant du Styrène) le film porte plus que jamais la marque de la littérature. L’hybridité de la forme qu’a créée Resnais fait s’entrecroiser cinéma et littérature au point de ne plus pouvoir les distinguer l’un de l’autre. La voix d’Emmanuelle Riva vous hantera pour longtemps…

 

L’année dernière à Marienbad, 1961

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Dans un immense hôtel de luxe perdu quelque part en Europe, des fantômes se croisent, discutent et s’aiment. Les personnages sont tous des anonymes : plus rien ne semble exister que cet hôtel, véritable lieu hors de l’espace-temps qui réunit toutes les réalités possibles. Un homme et une femme se rencontrent : l’un est persuadé d’avoir eu une idylle avec l’autre l’année passée. S’en suit alors un étrange jeu de chassé-croisé dans lequel les périodes se confondent et les niveaux de réalité se mêlent les uns aux autres. Lors de sa sortie en 1961, le film captive autant qu’il horripile : Resnais et Robbe-Grillet, le scénariste, font voler en éclat la narration classique en proposant une œuvre qui étonne encore aujourd’hui par son incroyable modernité. Œuvre ensorcelante et insaisissable, L’année dernière à Marienbad est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands chefs d’œuvres du septième art. Depuis Inception jusqu’à Shining en passant par Blur (https://www.youtube.com/watch?v=0DjHKqb365A) bon nombre d’œuvres contemporaines se réclament directement de l’héritage de L’année dernière à Marienbad. Ce n’est donc pas seulement une œuvre cinématographique monumentale qu’a créé Resnais, mais un imaginaire singulier qui hante aujourd’hui notre culture populaire.

 

 

Je t’aime je t’aime, 1968

 

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 Première incursion pour Resnais dans la science-fiction et premier échec public pour le film. L’anecdote est restée célèbre : le film, programmé pour Cannes, est finalement privé de projection à cause des évènements de mai 68 qui conduisent à une annulation pure et simple du festival. Faute de diffusion critique, le film peine à trouver son public lors de sa sortie en salle. Et pourtant, Je t’aime je t’aime prouve à quel point Resnais est capable de repousser les limites de la forme cinématographique. Un jeune suicidaire, Claude Ridder, se voit proposer par une équipe de scientifiques de participer à une expérience hors du commun : vivre une minute de son passé grâce à une machine à voyager dans le temps. La machine va se dérégler, envoyant aléatoirement Claude dans plusieurs moments de son passé. Le retour au temps présent semble compromis…Sur un scénario de l’écrivain Jacques Sternberg, Alain Resnais tire un étrange film à la structure encore plus éclatée que ses précédents. Les souvenirs de Claude se succèdent sans linéarité apparente, tissant la trame d’un film-puzzle dont les pièces auraient volé en éclat. Peu connu, le film mérite toutefois d’être redécouvert, tant le lyrisme de la forme et le tragique du récit donne naissance à une œuvre étonnante teintée de mélancolie.

 

 

Smoking/No Smoking, 1993

 

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Avec le diptyque Smoking/No Smoking (les deux films sont sortis en même temps, le spectateur devant choisir lequel aller voir en premier), Alain Resnais prend une nouvelle direction et imprègne son œuvre de ludisme oulipien. Un certain nombre de contraintes formelles régissent en effet l’ensemble des deux films. Premier tour de force : faire interpréter la totalité des personnages du récit par seulement deux acteurs : Sabine Azéma et Pierre Arditi. Deuxième contrainte : obligation pour les deux films de se dérouler dans des extérieurs reconstitués en studio. Et enfin, dernière contrainte : concevoir le scénario des deux films à partir de la question des versions possibles. En ouvrant chacun de ses deux films par une version légèrement différente d’une même scène (dans un cas, Celia prend une cigarette, dans un autre elle n’en prend pas), Alain Resnais montre les différentes trajectoires que peut prendre une même situation. Difficile, dès lors, de résumer l’intrigue des deux films. Jamais la complexité de cette forme de film-jeu n’aura aussi bien servi son propos : les tranches de vie défilent sous nos yeux, draguant avec elles un nombre incalculable de thèmes et de questions. Véritable déclaration d’amour à l’imagination et à la potentialité de la fiction, Smoking/No Smoking est une œuvre forte qui reste à l’esprit bien longtemps après sa vision.

 


Vous n’avez encore rien vu, 2012

 

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Avant-dernier tour de piste pour Resnais et surtout, dernière expérimentation formelle avant le très décevant et convenu Aimer, boire et chanter (2014). Si toutes les œuvres de Resnais sont fortement imprégnées de théâtralité (Mélo lorgne dangereusement vers le théâtre filmé), Vous n’avez encore rien vu est le seul à prendre directement le théâtre comme objet de réflexion. De vieux comédiens incarnant leur propre rôle (Michel Piccoli, Sabine Azéma ou encore Anny Duperey) sont conviés à assister à la retransmission depuis l’au-delà des dernières volontés d’un metteur en scène qui vient de mourir. Ces deniers vont devoir visionner une mise en scène d’Eurydice donnée par de jeunes comédiens. Le charme opère et les vieux comédiens vont se retrouver peu à peu sous l’emprise de la pièce. Plus encore que dans les œuvres précédentes de Resnais, Vous n’avez encore rien vu est traversé par le souffle de la mort : les vieux comédiens deviennent des fantômes essayant de revivre (de rejouer ?) une dernière fois leur vie passée. Preuve d’une soif de découverte insatiable, Resnais s’essaie pour la première fois aux effets spéciaux numériques qu’il utilise à merveille pour donner corps aux rêveries de ses vieillards. Une avant-dernière œuvre somptueuse qui, malgré le caractère funèbre de son propos, rayonne d’une joie de vivre et d’un perpétuel appétit pour toute forme de création.

 

 

Retrouvez également notre critique de Providence, film étrange et merveilleux de 1977 : OLDIE: Providence, d’Alain Resnais

Alban Couteau

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