Cannes 2016, loin des projecteurs

Cannes, vu de loin

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Sur le papier, le 69ème Festival de Cannes présentait une sélection officielle étourdissante, avec notamment une Compétition réunissant quelques-uns des réalisateurs contemporains les plus influents, pour la plupart habitués de la Croisette, ce qui n’aura pas manqué de susciter les plus vives réactions de la part des festivaliers mécontents de revoir éternellement les mêmes têtes.

Cette année, nous aurons eu la chance de découvrir, loin des flashs illuminant le tapis rouge, plusieurs films de la sélection officielle le jour même de leur projection: Café Society (Woody Allen), Ma Loute (Bruno Dumont) et Julieta (Pedro Almodovar). De quoi confronter en temps réel nos impressions à celles de la Presse…

Café Society

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Après Minuit à Paris en 2011, Woody Allen, qui refuse la participation de ses films à toute compétition (allant jusqu’à bouder ses Oscars pour Annie Hall, Hannah et ses sœurs et Minuit à Paris), se voit à nouveau offrir l’occasion d’ouvrir le festival avec Café Society, en compagnie d’un casting de choix (Jesse Eisenberg, Kristen Stewart et Steve Carell en tête).

Suite à L’homme irrationnel, film mineur mais non dénué de charme, le réalisateur new-yorkais élève grâce à ce dernier long-métrage l’ouverture cannoise à un niveau inégalé depuis plusieurs années, et donne définitivement le ton d’une édition 2016 qui s’annonçait prestigieuse. L’écriture est brillante, comme toujours, et sied à merveille à une troupe d’acteurs remarquables. Kristen Stewart y est particulièrement rayonnante. La réalisation parfois un peu démonstrative, demeure dévouée à ce microcosme de personnages s’affairant aux quatre coins des studios hollywoodiens, plongés dans un âge d’or que Woody se plaît à dépeindre dans des teintes chaleureuses. Si l’on peut lui reprocher une contemporanéité qui détonne parfois avec le cadre choisi (en particulier dans la direction d’acteurs), cela confère aussi au film une forme d’atemporalité troublante, dans laquelle s’épanouit particulièrement un Jesse Eisenberg toujours aussi nerveux et bavard, transposant film après film, d’univers en univers, sa faconde caractéristique et intarissable. On ne peut enfin ignorer la photographie classieuse de Vittorio Storaro, qui enveloppe cette comédie mélancolique d’une lumière travaillée méticuleusement. Un très bon cru, qui ne rend que plus impatient de découvrir les autres invités de la sélection officielle.

Ma Loute

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Nous avions déjà crié notre amour pour l’œuvre précédente de Bruno Dumont, P’tit Quinquin, et c’est sans surprise que cet auteur singulier…nous surprend, encore une fois. La spontanéité de P’tit Quinquin faisait de l’entrée de Dumont dans la comédie un véritable choc. Pour la première fois depuis longtemps, la comédie française se trouvait dynamitée, trouvant dans le même temps un élan réjouissant. C’est donc avec grand plaisir que nous avions appris que Dumont restait du côté de l’humour pour son nouveau long-métrage, et Ma Loute tient toutes ses promesses. Ayant trouvé une zone de confort évidente, Dumont passe une vitesse supplémentaire et réalise un film encore plus fou, où l’absurde n’a plus de limites. Si Fabrice Lucchini et Juliette Binoche sont parfois difficilement supportables, force est d’admettre qu’on ne les avait jamais vus sous ce jour. Hystérique, imprévisible et hilarant, Ma Loute nous a conquis.

(Lire la critique complète)

Julieta

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Pour finir, mercredi dernier sortait Julieta, le dernier film de Pedro Almodovar. S’il est aussi haut en couleur que ses prédécesseurs, Julieta est l’un des films les plus sombres de son auteur. Cette histoire de mère partant à la recherche de sa fille mystérieusement émancipée est bouleversante. On ne sait comment Almodovar, par-delà un scénario complexe multipliant les temporalités, parvient à atteindre une telle émotion. Le duo d’actrices incarnant la mère à deux époques de sa vie – Emma Suarez et Adriana Ugarte – y est très certainement pour quelque chose. Elles emportent tout, crèvent l’écran sans pour autant effacer les beaux personnages secondaires qui entourent les leurs. La mise en scène baroque du réalisateur espagnol ne fait jamais écran aux profonds sujets universels qu’il distille dans ce récit adapté de trois nouvelles d’Alice Munro: du thème éculé de la relation mère-fille à celui de la transmission de la culpabilité, rien n’est traité de façon superficielle. L’équilibre trouvé par Almodovar dans ce film à la charge émotionnelle si forte en fait l’un des plus grands films de l’année.

 

Les premières sorties issues de la sélection officielle 2016 sont donc plus qu’enthousiasmantes et seront suivies, dans un premier temps, du nouveau film de Paul Verhoeven – Elle, avec Isabelle Huppert prévu pour le 25 mai – et The Neon Demon, dernière curiosité du réalisateur danois Nicolas Winding Refn, qui débarquera sur nos écrans le 8 juin prochain après avoir déchaîné les passions sur la Croisette…

Thomas Manceau

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