REVIEW: The Bling Ring, de Sofia Coppola

The Bling Ring

[blind bling void]

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La cadette du clan Coppola continue son petit bout de chemin cinématographique avec l’évocation d’un fait divers a L.A, le « Bling Ring ».

Rappel des faits. Un article de Vanity Fair relate une série de cambriolages peu banals puisqu’ils touchent uniquement des villas de stars et sont l’œuvre…d’adolescents de quartiers chics ! Le fait divers pourrait en rester à ce côté très superficiel s’il n’était pas suivi d’une série d’interviews des voleurs en herbe qui font basculer l’évènement dans un surréalisme que seule notre société utra-consumériste, ultra-médiatique et dramatiquement cynique ne peut offrir en toute impunité. C’est sur cette base que le film est construit, s’articulant autour de témoignages des adolescents et de flashback sur les méfaits.

Coppola s’empare de ce cadre pour composer ce qu’elle sait faire de mieux : une bulle pop, champagne et paillette, légèreté et néant consubstantiel. Avec Marie-Antoinette et Somewhere, la réalisatrice s’attachait à plusieurs siècles d’écarts  à capter le vide, le flottement existentiel, la distance entre le luxe, son évocation et sa représentation. On peut dire que The Bling Ring forme avec les deux œuvres précédentes une véritable trilogie sur ce qu’on pourrait appeler la « célébrité-trou noir ». Entendons par là que la célébrité est un centre de gravité, aspirant la lumière, en pleine dévoration des espaces d’expression, forme extrême d’oblitération de la matière humaine. Or comme les trous noirs, cette forme d’attraction n’est finalement qu’une force du vide, un puits sans fond et sans fondement visible où s’engouffreraient nos sociétés. Le film ne nous tend de manière ambiguë rien de moins qu’un miroir brisé où s’agite une jeunesse bien intégrée mais blasée, connectée, désabusée, s’accrochant avidement aux barreaux d’une prison dorée faite d’ignorance et d’un culte sans bornes pour les stars, les marques, le luxe. Le petit groupe d’ados ne vit qu’à travers le reflet médiatique de ces célébrités, à l’ombre de la mode comme credo, forçant la réalité à fuir le cadre pour laisser libre champ à une construction fantasmée : c’est tout le propos des cambriolages.

On cambriole pour le fun, on vole sans aucune préoccupation de bien ou de mal, de limites ou de loi. On pénètre par effraction mais on s’extasie devant la demeure de Paris Hilton, palais de narcissisme au luxe scandaleux. Tous les repères sont faussés, le vide n’est plus  subi mais souhaité. La construction narrative, faite de répétitions continues, de creux assumés dans le rythme, postule pour une vision lucide de l’événement, où les relations humaines (parents-enfants, ados entre eux ou médias-évènement) sont au mieux précaires, en tout cas jamais centrales. Dès lors, les corps ne sont plus que des mannequins animés, organismes matérialistes aux sentiments dématérialisés, opinions mises en réseau, valeurs et morale réduites à un tweet, à une mise à jour de statut.

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Par sa mise en scène intelligente, variant en vitesse et en tonalité, Coppola parvient à retranscrire parfaitement le fond de l’affaire. De la musique saturée aux palettes de couleurs tantôt en trop plein d’exubérance, tantôt dans une fadeur propre à surligner l’ennui profond des êtres, le film atteint graphiquement une justesse impressionnante.

Mais…parce qu’il y a un mais.

La réalisatrice ne prend à aucun moment parti, ne s’implique jamais frontalement et se borne à regarder d’un œil amusé ces enfants pourris-gâtés-paumés se perdre. En soi cette neutralité n’aurait aucun impact s’il n’y avait pas cette fin à la fois excellente et ambiguë.

Excellente parce qu’elle renvoie au spectateur l’événement en plein visage par un retournement ubuesque, interrogeant notre rapport aux médias et aux valeurs d’individualisme libertaire qui suintent par tous les pores de la société. La séquence est magistralement menée mais en gardant toujours la distance de l’observateur, la réalisatrice enfonce son long métrage dans une position délicate : ne participe-t-elle pas d’une certaine manière au vide ambiant ? Coppola n’a jamais caché son attrait pour l’univers du luxe et du glamour, mais ici sa neutralité de ton a une autre résonance, faisant planer sur le film la menace d’une forme de compromission, où les marques pleuvent abondamment, où le non-jugement envers ces jeunes Lupins se transforme en filigrane en complaisance. Cette incertitude quant à la réelle portée du film est assez désagréable car elle fait presque du cadre pop et léger (marque de fabrication de Sophia C.) un élément à charge contre l’entreprise toute entière.

Si l’on s’en tient aux éléments purement cinématographiques, The Bling Ring est un bon Coppola, moins enthousiasmant que Lost in translation mais plus charnu que Somewhere, qui manquait cruellement de corps. Les acteurs sont toutefois dans le bon tempo, avec notamment une Emma Watson qui s’échine à faire disparaître une certaine Hermione, ce qui n’est pas inintéressant à voir…

Un petit cru qui on l’espère clôturera le cycle de fascination de Coppola pour le luxe, la célébrité et ses errements, pour l’emmener explorer de nouveaux rivages où son regard décalé et si particulier pourrait s’avérer précieux.

 Kévin Ruiz

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