LIVRE: Dario Argento: Le règne animal, de Thibault Loucheux

Dario Argento: Le règne animal

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Après avoir exploré le versant « nîmois » de l’œuvre de François Truffaut, Thibault Loucheux décide de s’attaquer à un autre grand monstre du cinéma : le très horrifique et baroque Dario Argento. Conscient de la désertification de la critique française à l’égard de celui qui est considéré pour beaucoup comme le « maître de l’horreur », Thibault Loucheux entend combler ce manque avec la publication de Dario Argento : Le règne animal.

L’auteur se consacre ainsi aux trois films qui composent la trilogie animale d’Argento : L’Oiseau au plumage de cristal (1969), Le Chat à neuf queues (1971) et Quatre mouches de velours gris (1971). Trois films qui, chacun à leur manière, tissent des liens entre animalité et horreur tout en posant les bases du giallo. Si Thibault Loucheux porte un éclairage particulier sur ces trois films, il n’hésite toutefois pas à prendre du recul sur ces derniers en les resituant dans la filmographie du maître. Son ouvrage, facile à lire sans pour autant être dénué de réelles qualités stylistiques, est divisé en quatre parties thématiques. Se succèdent, dans l’ordre : un portrait biographique du réalisateur, une définition détaillée du giallo, une analyse du corpus qui constitue la trilogie animale et pour finir, un rapide tour d’horizon du reste de la carrière du cinéaste. Ce choix de construction laisse bien entrevoir le désir pédagogique qui anime Thibault Loucheux. Il ne s’agit pas pour lui d’écrire un livre adressé uniquement aux aficionados d’Argento, mais de draguer un public non initié aux œuvres du cinéaste. La profondeur et la richesse de ses analyses se mêlent à son désir de porter un éclairage sur un cinéaste qui transcende les disciplines artistiques. Pour Thibault Loucheux en effet, « Argento est un réalisateur qui utilise toutes les palettes que le cinéma lui offre. C’est un plasticien, un vrai. »

Derrière ce désir de réhabilitation d’un cinéaste souvent décrié se cache surtout une volonté de redorer le blason de ce qui a longtemps été considéré comme un sous-genre du cinéma : le giallo. Nommé ainsi en référence à la couleur jaune qui orne les couvertures des romans policiers, ce terme désigne ainsi les thrillers italiens dans lesquels « l’œuvre s’articule autour de l’événement criminel. ». Loucheux démontre ainsi comment Argento s’est imprégné d’un genre initialement défini par Mario Bava, avant de le porter à son zénith grâce au premier film de sa trilogie animale, L’oiseau au plumage de cristal. Premier vrai succès de Argento, ce film sera rapidement suivi par les deux autres films qui constituent la trilogie, formant ainsi une œuvre cohérente et singulière. Loucheux en est certain, ces trois œuvres constituent le pinacle de l’œuvre d’Argento. Toutes les obsessions et thématiques du maître s’y trouvent rassemblées au sein d’une trilogie dans laquelle le polar flirte avec le fantastique, le baroque avec l’horreur.

Les analyses de séquences, qui manquent cruellement d’images sur lesquelles s’appuyer, succèdent aux anecdotes plus légères, mais tout aussi passionnantes. On y apprend, entre autres, qu’Argento n’hésitait pas à donner de sa personne sur le tournage, en substituant ses propres mains à celles du meurtrier représenté dans ses fictions. Non content d’être le créateur de ses personnages, il semble prendre un malin plaisir à faire mine de les tuer. Voilà qui en dit long sur la personnalité du bonhomme…De fait, Loucheux insiste sur l’obsession qu’éprouve Argento à l’égard de Freud dont les différents thèmes traversent aussi l’œuvre du cinéaste. Argento étire la dimension psychanalytique jusqu’aux confins du fantastique : les personnages y sont souvent doués de visions ou de rêves prémonitoires.

Le regard plus amer que porte Loucheux sur les œuvres récentes du cinéaste ne l’empêche toutefois pas de terminer son ouvrage sur l’espoir d’un vrai retour du maître avec The Sandman, annoncé pour 2016. Thibault Loucheux revient quant à lui en territoire français avec un prochain ouvrage sur Gérard Depardieu, actuellement en écriture. Un grand écart dont on attend avec impatience la lecture.

Alban Couteau

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Les illustrations du livre que vous pouvez découvrir dans cet article sont réalisées par l’artiste Marine Luigi.

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