OLDIE: L’Etrangleur, de Paul Vecchiali

L’Etrangleur

[douceur morbide]

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Après avoir assisté enfant à l’étranglement d’une femme par un homme sans aucune raison apparente, Émile (interprété par un J. Perrin juvénile) étrangle à son tour. Uniquement des femmes, des femmes seules, déçues de la vie, de l’amour ou de leur carrière. Il apporte à chaque strangulation cette motivation mélancolique de libérer ses victimes de leur désespoir. Face à ces crimes à répétition, un ancien résistant aujourd’hui inspecteur : Simon Dangret (Julien Guiomar), se lance à la recherche de l’assassin de la nuit. Dans sa traque, il se fait passer pour un journaliste et interpelle par la télévision l’auteur des crimes. Après ce passage télévisé, Anna (Eva Simonet) retrouve l’inspecteur et lui propose de devenir l’appât pour attraper l’auteur de ce féminicide. Les étranglements se poursuivent, mais après les meurtres, les policiers découvrent que les victimes ont été volées, ce que ne fait pas notre meurtrier Émile…

Il s’agit du deuxième film de Paul Vecchiali, projeté sur les toiles française en 1972 et réédité en DVD par La Vie est Belle éditions en Septembre 2011. Nous trouvons dans ce film un fil sensible, tangible et mouvant, un fil ténu qui ne sépare pas clairement le bien du mal. A la fine frontière mélancolique que le film dessine, le bien et le mal se ressemblent. C’est dans cet espace que P. Vecchiali travaille ses images. Vous verrez ici un film qui ne se soumet pas à l’impératif narratif, et qui refuse le récit policier classique. D’abord dans l’ambivalence de ses personnages: les hommes et femmes de bien y sont trop mauvais pour qu’on puisse s’y attacher inconditionnellement jusqu’à l’identification. Quant aux meurtres et au meurtrier, ils deviennent des instants suspendus, des petites phrases poétiques sépulcrales. On y retrouve aussi dans l’ombre une empreinte hitchockienne, évidente par sa thématique mais plus encore à travers les motifs qui travaillent l’image et notamment celui de la strangulation. Ce motif, le réalisateur le développe par allusions et par effets, qu’il s’agisse de sur-cadres répétés autour d’une femme retenant et resserrant le nœud de sa figure dans une succession de cadres filmiques sans coupures (car après tout notre assassin n’utilise pas de couteau). On y voit aussi des images soigneusement choisies pour leur portée symbolique, d’un chien retenu par sa laisse, ou du jeu volatile des châles et foulards colorés très importants dans le film. Ce dernier dresse par portraits les facettes de notre assassin qui sont des ambiguïtés jouant sur la frontière du bien et du mal, du traumatisme et de la figure féminine, à laquelle nous pourrions joindre une lecture plus psychanalytique face aux images fantasmées qui nous sont données. Ce film transpire alors une humanité sublime et violente dans une douceur morbide qui ne se fait jamais complice du meurtre. Nous sommes témoins, et nous devons alors trouver notre place dans l’image, contrairement à la complaisance voyeuriste très en vogue aujourd’hui.

En re-situant ce film dans la chronologie filmographique de Vecchiali, ce deuxième long-métrage est un souffle puissant, inventif, regorgeant d’idées de mise-en-scène, traversé par la compassion dans la choralité des personnages qui s’entrelacent, se rejoignent, s’écartent et se trouvent définitivement, en serrant doucement mais surement le dernier nœud du film. Ajoutez à cela la musique étrange et splendide de Roland Vincent, une composition mélodique et tendue, comme si John Carpenter avait composé la bande originale d’un film de Truffaut.

Théo Martineaud

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