REVIEW: The Witch, de Robert Eggers

The Witch

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Après avoir tétanisé le public du festival de Sundance et raflé au passage le prix de la mise en scène, The Witch accède enfin à nos écrans français. Le caractère unanimement élogieux des critiques américaines a créé un tel horizon d’attente qu’il paraît difficile de résister au charme de ce qui est annoncé par certains comme le meilleur film d’horreur de la décennie. Le film du tout jeune Robert Eggers est-il à la hauteur de sa réputation sulfureuse ?

Contrairement à la majorité des productions horrifiques actuelles qui s’ancrent dans une contemporanéité souvent jugée plus immersive, The Witch se déroule en 1630, en Nouvelle-Angleterre. Le temps est aux superstitions et au fanatisme religieux. Une famille de colons, menée d’une main de maître par Caleb, vient de se faire bannir de sa communauté. Seule solution pour eux : s’installer à la lisière d’une forêt qu’on dit pourtant être hantée par la maléfique sorcière des bois. Les ennuis vont vite commencer avec la disparition de Samuel, le cadet de la famille. Il semblerait qu’une force démoniaque ait pris possession des différents enfants de la famille…

Si l’histoire n’est pas d’une grande originalité, le traitement du film, lui, contraste avec la plupart des films récents qui traitent d’exorcisme et de possession. À l’instar du récent Bone Tomahawk qui fait cohabiter le genre du western avec celui de l’épouvante, une grande partie de l’intérêt de The Witch réside dans le choix de son cadre spatio-temporel, propice aux fantasmagories sataniques. Robert Eggers ne s’en cache pas : une bonne partie des dialogues du film est directement inspirée de séances de spiritisme qui se sont déroulées à cette époque. L’obscurantisme religieux, thème central du film, vient se superposer aux superstitions liées à la découverte d’un nouveau territoire. La famille de Caleb vient de quitter l’Angleterre pour un nouveau pays qui semble manifester symboliquement son mécontentement face à des envahisseurs qui viennent en piller les ressources et imposer leurs dogmes. Le thème de la maison hanté, cher au cinéma d’horreur, est ici déplacé à l’échelle d’un territoire entier, que Eggers filme comme un lieu clos dont on ne peut s’échapper.

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La lourdeur des dialogues est compensée par une direction artistique et une plastique de l’image à couper le souffle. Le film marque à l’instar de The Revenant une volonté d’en revenir à un réalisme qui ne soit pas exempt de beauté poétique. Malgré un budget dérisoire, Eggers parvient à faire de chaque plan une photographie en mouvement au clair-obscur énigmatique. On le comprend, The Witch est à mille lieues de productions horrifiques telles que Conjuring ou Annabelle, qui jouent sur l’effet et non sur l’ambiance. Oubliez les jump scare et autres ficelles de trains fantômes : The Witch distille au compte-gouttes ses effets horrifiques au profit d’un climat étouffant et d’un rythme lent.

Comme pour It follows, qui rendait inséparables horreur et sexualité, The Witch appâte son spectateur avec une atmosphère horrifico-sexuelle qui atteint son paroxysme dans la dernière scène du film, véritable hallucination cauchemardesque et orgiaque. Le film, très immersif, met la sensorialité de son spectateur à l’épreuve en le rendant sensible au moindre bruit, à la moindre bizarrerie qui affleure à l’image.

Si The Witch n’est pas exempt de tout défaut (rappelons qu’il s’agit d’un premier film), son ambiance originale et travaillée le démarque de la plupart des films d’horreur actuels, bien réfractaires à tout anticonformisme esthétique. The Witch s’apprécie en se laissant porter par son ambiance planante et mystérieuse qui met l’accent sur les non-dits et le potentiel du hors-champ. Dans ces conditions, difficile de ne pas succomber aux charmes de la sorcière des bois…

Alban Couteau

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