REVIEW: Tetro, de Francis Ford Coppola

Tetro

[que la lumière soit]

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Lorsque Tetro est présenté en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, le bruit entoure plus le retour de Coppola par la « petite  porte » que l’œuvre qu’il amène dans ses bagages. Un long-métrage tourné en noir et blanc en Argentine, peu de moyens si ce n’est la présence du fantasque Vincent Gallo, et un drame intimiste cernant les deux personnages principaux. On est loin, bien loin des heures mégalomanes du réalisateur d’Apocalypse Now.

La dimension autobiographique évidente du film se double ainsi d’une volonté de refonder un cinéma personnel passé pendant presque deux décennies au second plan, que ce soit en raison d’activités de productions ou simplement par assèchement d’inspiration. Tetro est ainsi le premier scénario original signé par Coppola depuis Conversation secrète, confirmant l’implication toute personnelle dans ce projet monté dans la discrétion.

Si pour Shakespeare le monde entier est un théâtre où nous jouons tous des rôles, il est indéniable que cette pièce prend chez Coppola la forme d’une tragédie. Une tragédie familiale.

Pour ce nouveau départ, le père de la petite Sofia puise en effet dans le réservoir infini que constitue la famille pour construire une sorte d’opéra œdipien où le personnage du père, comme un  monolithe indépassable, est une fois de plus omniprésente. On pense tout de suite au Brando/De Niro et Pacino du Parrain mais aussi au Colonel Kurtz pour ce qui est de la figure paternelle oppressante et toute puissante. Presque invisible mais toujours présente, elle constitue le nœud que le film dénoue progressivement, balançant entre une ombre pesante et une lumière crépitante et mortifère.

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La rivalité, l’amour, le succès, les secrets de famille que l’on ne peut révéler que par l’usage d’un miroir sont autant de pistes explorées par la confrontation de Tetro et Benjamin. Tetro ne se lasse pas de parsemer son récit de saillies métaphoriques habiles et inspirées, à l’instar de ces poussées de couleurs révélant la vérité plus surement que n’importe quel projecteur de lumière.

Œuvre d’une élégance folle, le film ne sombre pas pour autant dans un maniérisme pédant. Le noir et blanc employé avec une grande finesse, allié à une mise en scène et un sens du cadre enfin retrouvés offre une succession de plans incroyables, comme autant de photographies, comme si l’Argentine où se situe le présent du récit était suspendue dans le temps, figée en attendant la révélation censée guérir et libérer. À son meilleur, le film dispose d’une ampleur incroyable, virevoltant de scène en scène avec la liberté que seul un créateur réconcilié avec lui-même peut insuffler à une œuvre.

Que ce soit sous les flashs crépitants ou dans les recoins obscurs qui jalonnent le film, le trio d’acteurs principaux se montre à la hauteur des attentes du maestro, dégageant une complicité de jeu enthousiasmante. La belle et spontanée Maribel Verdù parvient ainsi à équilibrer les débordements d’un Vincent Gallo, parfois à la limite du cabotinage.

Malgré quelques défauts de rythme, notamment dans la dernière partie, Tetro fut donc une excellente remise en selle pour Coppola.Une œuvre intime mais dont l’écho porte loin et haut, comme un murmure annonçant le retour d’un membre éminent de la famille cinéma.

Kévin Ruiz

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