OLDIE: Répulsion, de Roman Polanski

Répulsion

[huis clos pour l’esprit]

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En 1966 sort sur les écrans Répulsion, film des débuts de Roman Polanski et première expérience cinématographique anglophone pour le réalisateur franco-polonais. On y suit l’effondrement psychologique de la jeune Carole Ledoux (sublime Catherine Deneuve !), française émigrée à Londres, travaillant dans un institut de beauté et dont les traumatismes enfouis reviennent à la surface jusqu’à la faire sombrer dans la démence.

On aura reconnu les lignes de force qui agitent le cinéma de l’auteur de Rosemary’s Baby depuis près de 50 ans de carrière : l’irruption de l’horreur dans le quotidien, un attrait pour la sensation de malaise, un amour consommé pour l’ambiguïté qui fait se loger le fantasque et le fantastique au cœur de la réalité. Répulsion est une impulsion géniale et magistrale de tous ces thèmes, de tous ces schèmes fondateurs.

Si la mise en scène est déjà assurée et habile, c’est bien le traitement sonore extraordinaire qui est la pierre angulaire du film, d’une virtuosité qui vous fait instantanément penser que vous êtes en présence d’un réalisateur au-dessus, bien au-dessus du commun cinématographique.

L’ambiance du film en trois étapes :

1 – Instituer un quotidien inquiétant

Répulsion repose tout entier sur une multitude de bruits, ceux du quotidien, de la banalité. Bruits de porte, tictac du réveil, sons de la ville, téléphone…ils fondent l’exposition du cadre en même temps que l’exposition des personnages. Toujours légèrement amplifiés ils éveillent néanmoins une curiosité : pourquoi des sons aussi insignifiants, si contingents, sont-ils mis en avant, même discrètement ? Le doute s’installe, l’étrangeté prend racine, la réalité peut commencer à vaciller.

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2 – Substituer à une partie du personnage un leitmotiv sonore

Carole est pratiquement atone tout le long du film. Lorsqu’elle parle – en de rares occasions – c’est contrainte et forcée. Le langage étant en retrait, on constate vite que l’ambiance sonore et les bruits sont des composants incontournables du personnage. On pourrait dire que la psychologie de la jeune femme est contenue dans la perception sonore qu’on nous donne à entendre. Et quand Carole commence à sombrer, la réalité sonore est alors contaminée par des bruits imprévus et l’on se demande bientôt si les images elles-mêmes ne sont pas de l’ordre du fantasme. L’horreur est psychologique et sonore avant d’être visuelle. L’ambiance est alors à point pour basculer définitivement dans une ambigüité fantastique.

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3 – Faire s’effondrer progressivement les frontières entre le cauchemar et la réalité

Les fissures du personnage de Carole prennent pied dans l’image, littéralement sur les murs. Les plans macabres s’enchainent, et bientôt le spectateur médusé ne peut plus se fier non seulement à ce qu’il entend, mais aussi à ce qu’il voit. Des bras peuvent bien jaillir du couloir pour saisir Carole dans une séquence démentielle, le doute persiste. Où est la frontière entre réalité et cauchemar ? La mise en scène se garde bien de trancher, aucun cut n’aidera le spectateur ou Carole à statuer sur son état. La folie n’est qu’une continuité dans l’étrangeté du quotidien.

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Le cauchemar du réel, par Roman Polanski

Un film épuré (certains diraient fauché) qui atteint un très haut degré d’angoisse par sa force invasive et son génie dans la manipulation du langage cinématographique. Il tord le régime du son et des images, l’utilise à contre-emploi, en déchire les conventions pour mieux maltraiter la réalité et son illusion de stabilité. Voilà un sacré cri d’amour (terrifiant) au cinéma !

Héraut des Rosemary’s baby, Le locataire, La neuvième porte, The ghost writer, Carnage et dans une certaine mesure aussi de The pianist, Répulsion est donc une œuvre incontournable pour saisir à la source les obsessions lancinantes de l’un des plus grands réalisateurs de l’histoire du septième art.

À (re)découvrir d’urgence !

Kévin Ruiz

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