SERIE: The Knick

The Knick

[l’angoisse de l’image]

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            On en a vu des séries médicales, d’Urgences à Dr House en passant par Scrubs. Mais The Knick nous transporte dans un autre temps, celui des tentatives et des progrès de la chirurgie dans les années 1900, à l’hôpital Knickerbocker. Dans cet établissement de New York, un chirurgien brillant mais cocaïnomane et héroïnomane, le Dr John Thackery (interprété par Clive Owen) doit accueillir un nouveau chirurgien afro-américain de retour de la vieille Europe : le Dr Algernon Edwards. Alternant les conflits raciaux, les découvertes scientifiques en pleine opération, les expériences toxicomanes et les situations sociales critiques, The Knick développe une mise en scène crue, avec une image tantôt froide et obscure que l’on retrouve dans les scènes d’opération chirurgicale, tantôt sale et terreuse, accompagnant les déambulations des personnages dans les quartiers malfamés. Les médecins sont sous les projecteurs d’une lumière vive et aveuglante, rigoureusement scrutés par leurs confrères installés dans l’amphithéâtre.

Ce dispositif de mise en scène qui traverse la série de bout en bout installe une tension, celle des acteurs en représentation, donnant le meilleur d’eux-mêmes, expérimentant des techniques chirurgicales qu’ils ont eux-mêmes inventées. Mais cette position de spectateur nous est souvent refusée, car nous sommes toujours avec les personnages, la caméra les accompagnant dans ces séances chirurgicales avec un réalisme cru et sanguinolent, loin de la vision aseptisée des séries médicales telles que Dr House et tant d’autres. Ici le sang gicle, la sueur coule et les corps souffrent, accompagnés par les boucles électro de Cliff Martinez, qui signe une bande son originale particulièrement réussie, relevant le stress palpable des interventions médicales et le suspense des intrigues qui s’entrecroisent continuellement.

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Cette série, conçue en deux saisons anthologiques, parvient à créer un rythme régulier et une esthétique singulière. Abordant des sujets critiques : le racisme, l’eugénisme ou encore la toxicomanie, The Knick parvient à tirer son épingle du jeu des séries médicales dans lesquelles le même schéma narratif se répétait inlassablement, et cela grâce à la réalisation de Soderbergh qui sort la série de son simple objectif d’entertainment de qualité pour prolonger ici ses recherches visuelles. En appelant Soderbergh pour la réalisation, les créateurs de The Knick ont compris que, depuis Breaking Bad, on ne pouvait plus réaliser des séries en respectant les codes conventionnels des productions télévisuelles (grande visibilité dans l’image confinant à l’utilitarisme visuel, montage plan plan linéaire uniquement narratif et cliffhanger récurrent).

Dès lors, Soderbergh continue ses explorations numériques, avec une caméra mouvante (le série a été tournée avec des caméras Red Epic), en s’intéressant au plan rapproché, au décadrage, aux corps malades et souffrants, médicalement et socialement, le tout en collant aux personnages jusqu’à ce que l’image secrète sa propre angoisse. Proposant en deux saisons une série prenante et documentée qui vous fera connaître les débuts de la chirurgie moderne, The Knick est une série à ne pas manquer. Elle ravira les amateurs de Soderbergh et les amateurs de séries médicales en leur soumettant des propositions visuelles qui, du choc au sens du détail, s’avèrent assez rares sur le petit écran.

Théo Martineaud

 

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