REVIEW: The End, de Guillaume Nicloux

The End

[sans issue]

the end 2

Il eût été naïf de croire que Guillaume Nicloux trouverait dans la forêt de The End les mêmes inspirations métaphysiques qui sublimaient l’errance sauvage des personnages de deux des plus beaux films de Gus Van Sant – Gerry et Last Days  – mais il était permis d’espérer que le bois dans lequel va se perdre un Gérard Depardieu à bout de souffle serait à même de réveiller un peu la mise en scène léthargique du réalisateur de Valley of Love. A cet égard, le film n’est pas malhonnête mais perd rapidement pied.

On découvre en premier lieu le personnage central, un vieux chasseur bougon, qui se réveille au petit matin pour aller chasser en compagnie de son chien. Partie de chasse qui va prendre un tournant inhabituel, puisque l’homme est abandonné par sa bête au milieu des bois avant de s’égarer lui-même dans cette immense forêt, dépourvu de son fusil mystérieusement disparu pendant sa première nuit en pleine nature.

Il ne fait aucun doute que Nicloux prend plaisir à filmer ces épais feuillages, qui emplissent des cadres aussi variés que les mouvements d’appareil et les axes choisis pour suivre Depardieu dans ses errements. Si la majeure partie des séquences en forêt sont marquées par un ton indécis (empêchant habilement de discerner le vrai du faux), la confusion se substitue toutefois à la rêverie, appuyée par une musique contemporaine quelque peu envahissante. Cet océan de verdure ne dépasse pas le statut de décor, n’atteignant jamais la dimension onirique attendue qui aurait fait du récit minimaliste de The End le simple prétexte d’une expérience métaphysique.

theend 1

Pour cause, ce qui intéresse vraiment Guillaume Nicloux, c’est son acteur. La rencontre avec Depardieu sur Valley of Love semble avoir initié une démarche quasi-documentaire sur l’état de son corps, filmé sous toutes les coutures en cadrage plus ou moins resserré, le metteur en scène laissant durer certains plans sans autre intérêt que de saisir le moindre tremblement du grand gaillard franco-russe. Aussi Depardieu exécute-t-il ce qui devient une sorte de « méta-performance ». La frontière entre le jeu et le témoignage de sa réelle condition physique s’amenuise de film en film, faisant de cette période un moment singulier dans sa filmographie, dans lequel réside certainement le seul véritable intérêt des deux derniers films de Nicloux.

Car si Valley of Love sauvait les meubles en assumant sa part d’énigme – refusant d’éclaircir ou de renier sa teneur fantastique -, The End ne parvient jamais à masquer le profond gouffre scénaristique traduisant l’absence de vision de Nicloux. Du Projet Blair Witch à L’Amour est dans le pré il n’y a qu’un pas, en témoigne l’ultime rencontre de Gérard qui débouche sur une romance ridicule au milieu des bois. Et Nicloux de répondre: patience, le twist arrive. Bien, mais ce bricolage scénaristique tentant de travestir une voie sans issue en mystère s’avère bien trop visible. Pire: le film se dégonfle et se prive de cette solution cache-misère en annulant sa fin ouverte, confirmant par la même occasion au spectateur que l’heure passée devant cette randonnée solitaire n’était que du vent.

Thomas Manceau

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