REVIEW: Krampus, de Michael Dougherty

Krampus

[Douce nuit, sanglante nuit]

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Après avoir joué avec l’imaginaire d’Halloween dans le très bon Trick ‘r treat, Mike Dougherty décide cette fois de faire voler en éclat la féerie de Noël. Tout comme Père Noël : origines désacralisait le mythe en faisant du Père Noël un être sanguinaire assoiffé de meurtres, Krampus met en scène l’esprit négatif de Noël, celui qui offre des punitions aux enfants désobéissants. Très populaire dans le folklore germanique, le mythe du Krampus devient pour Dougherty un prétexte pour laisser libre court à son imagination débridée tout en égratignant soigneusement au passage l’american way of life. Dés le générique d’introduction du film le ton est donné : nous sommes à la veille de Noël, les portes d’un magasin de jouets viennent de s’ouvrir. Dans cette scène filmée au ralenti, les corps des clients s’engouffrent violemment dans le magasin, piétinant ça et là quelques malheureux enfants. On le comprend, tout le propos de Dougherty consistera à retourner le mythe de Noël pour en montrer la partie peu reluisante, à gratter les paillettes et la fausse neige pour dévoiler la noirceur qui s’y cache.

À première vue, Krampus ne semble pas déroger au principe du film de Noël structuré autour de la sacrosainte scène du repas de famille. Comme chaque année à la même période, Tom, Sarah et leurs deux enfants reçoivent leurs tantes et cousins pour passer le réveillon. Et comme chaque année à la même période, tous les membres de la famille doivent faire semblant de s’apprécier mutuellement afin de jouer à la famille unie et solidaire. Les deux familles n’ont évidemment rien en commun, mais sont contraintes de passer un moment ensemble afin de respecter la tradition. Comme le fera d’ailleurs remarquer Tom dans l’une des nombreuses répliques truculentes du film : “Un membre de ta famille c’est quelqu’un avec qui on ne partage rien, mais qu’on fait semblant d’apprécier quand même”. Mais pour Max, le fils cadet de Tom et Sarah, l’hypocrisie a assez duré : la magie de Noël n’existe plus. Il ne sait pourtant pas qu’en déchirant sa liste de cadeaux adressée au Père Noël il va réveiller une créature plus malfaisante, bien résolue à utiliser la manière forte pour faire revivre l’esprit de Noel…

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Krampus se distingue de la plupart des productions horrifiques contemporaines grâce au traitement esthétique dont il bénéficie. Résultat d’un mélange improbable mais génial entre Evil Dead 2 et un épisode de noël du Docteur Who, le film respire à plein nez la nostalgie pour les films fantastiques des années 80 dont il ranime l’ambiance avec brio. Comme tout être humain qui se respecte (n’est-ce pas ?), Mike Dougherty semble éprouver une aversion contre les effets numériques qu’il préfère remplacer par des effets “à l’ancienne” à base d’animatroniques et d’acteurs costumés. Si l’intention peut paraître conservatrice, celle-ci amène toutefois un surplus de réalisme aux images en donnant aux monstres toute la matérialité qui leur est due. Mention spéciale au Krampus lui-même, dont la qualité du design dépasse celle de la plupart des créatures horrifiques récentes. Dougherty puise à la fois dans le répertoire de films fantastiques comme Dark Crystal pour le design des monstres mais aussi dans celui des comédies horrifiques comme Les Gremlins pour le ton général. Comme pour Trick “r Treat, on retrouve ici la même atmosphère cartoonesque de comics des années 50 : la remarquable photographie permet de détacher les personnages du décor environnant en jouant avec les différentes teintes de couleur. Le goût immodéré de Dougherty pour l’animation atteint son paroxysme lors d’une scène magnifique entièrement animée en pâte à modeler. Noël est décidément en avance cette année…

Néanmoins, au-delà du magnifique traitement visuel dont bénéficie le film, ce dernier détonne surtout par l’irrévérence dont il fait preuve envers l’intouchable ‘Famille Américaine’. Le huis clos horrifique permet à Dougherty de mettre en lumière l’artificialité des relations entre les êtres que plus rien n’unit si ce n’est la peur individuelle de voir sa propre mort arriver. Et puis vient le twist final, qui achève de faire de Krampus une pépite de cynisme…

Vraie réussite, le film de Dougherty parvient à jouer habilement sur différents tableaux, en convoquant aussi bien le film d’aventure familial que la comédie horrifique. Dougherty prouve qu’il n’est pas seulement un bon conteur, mais également un formidable directeur artistique, modelant film après film un univers cohérent dans lequel on prend plaisir à se replonger. Vivement les cloches de Pâques…

Alban Couteau

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