MIROIR CRITIQUE: La Nuit nous appartient / Quand vient la nuit

La Nuit nous appartient  (James Gray, 2007) / Quand vient la nuit  (Michael R. Roskam, 2014)

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En découvrant Quand vient la nuit (The Drop) de Michael R. Roskam, la filiation avec La nuit nous appartient de James Gray, sorti sept ans plus tôt, semble s’installer comme une évidence. Si le lien s’insinue d’abord de manière inconsciente, peut-être du fait de la similarité entre les deux titres, la parenté du film de Gray sur celui de Roskam devient de plus en plus manifeste au gré de la digestion des deux œuvres.

MAFIA RUSSE ET HISTOIRES DE FAMILLE

La nuit nous appartient dépeint les relations familiales et professionnelles chaotiques de Bobby (Joaquin Phoenix), gérant d’un nightclub en proie à la mafia russe et accessoirement frère et fils de deux policiers brillants et réputés. On devine bien sûr rapidement que cette situation va engendrer tiraillements et difficultés jusqu’à ce que l’inévitable problème du choix entre les deux camps ne se pose. En l’espèce, ce choix ne se posera pas, il s’imposera plutôt au gré des événements. L’antagonisme de ces deux milieux, ancrés dans un New-York des années 80 des plus obscur, est pourtant total.

D’un côté l’ambiance poisseuse et parfois obscène de vie nocturne de Bobby, rythmée par la drogue, l’alcool et sa relation endiablée avec Amada (Eva Mendes). Amada, par ailleurs seule personne à être au courant de ses relations de famille, et donc pièce centrale dans l’articulation des deux milieux. De l’autre, la droiture, le sens de l’honneur et de la famille qui lient Joseph, le frère de Bobby, et Burt, leur père.

C’est au gré d’une guerre de plus en plus vorace entre la police et la mafia que les deux « familles »  de Bobby vont s’entrechoquer, le poussant vers des choix cornéliens et l’obligeant à prendre des risques, quitte à tout perdre. La situation va finalement contraindre l’ensemble de nos personnages à prendre de l’épaisseur et questionner leurs positions, tout en dépassant la fonction qu’un scénario simpliste aurait pu leur confier et ce jusqu’au dénouement dramatique, quasi-tragique.

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Quand vient la nuit nous parle de Bob (Tom Hardy) qui, associé à son cousin Marv (James Gandolfini pour son dernier rôle), gère un bar – tiens donc – servant de prétexte à la pègre tchétchène – re tiens donc – à blanchir de l’argent. Ici les membres de la famille appartiennent en apparence au même camp, mais lorsque le bar se fait braquer, provoquant évidemment un certain émoi chez les mafieux, les différents personnages vont révéler des aspérités inattendues. Bob, d’apparence plutôt introverti, verra son vrai visage questionné par le spectateur tout au long du film. Mais les doutes finissent par se tourner sur leurs autres protagonistes également, et c’est là le vrai miracle du scénario de Dennis Lehane. Chaque personnage est construit sur des non-dits et regorge d’ambivalences insoupçonnées, y compris Nadia (Noomi Rapace) qui ne saurait avoir comme seule implication dans l’histoire d’être la dulcinée de Bob. Il y a dans le récit une forme de violence sous-jacente qui avant de s’exprimer concrètement, semble subtilement hanter, parfois de manière inexplicable, la vie des personnages.

ANIMAL RESCUE

AMORALITÉ  & IMMORALITÉ

Quand vient la nuit et La nuit nous appartient sont deux thrillers urbains, sombres et violents. Si le premier n’égale pas le second dans son intensité dramatique et dans la profondeur de ses enjeux, les deux brillent par une mise en scène acérée, créant un sentiment de tension permanent, des scénarios denses et précis, et une interprétation impeccable. Les films se rejoignent également par la place laissée au personnage féminin. Le singulier est ici volontaire puisque ces deux films ont la particularité de n’avoir qu’un personnage féminin important. Ce personnage est, dans les deux cas, celui de la dulcinée du personnage principal. Le destin confié à deux femmes est sur le fond assez proche puisqu’elles semblent en effet apporter un contrepoids émotionnel pour les personnages principaux, enfermés dans des milieux très masculins et durs. Pour autant, les femmes ne sont pas cantonnées à être la caution douceur d’une histoire de bonhommes puisqu’elles se révéleront bien plus que ça au gré de l’évolution des deux histoires et auront finalement l’une comme l’autre une présence nécessaire à la décantation des événements.

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Les deux œuvres ne frappent évidemment pas par leur optimisme. On peut même voir un certain fatalisme lorsque nos personnages semblent subir leur destin autant qu’ils prétendent le maîtriser. Ainsi les deux œuvres pointent l’indéfectibilité de certains choix : on ne rejoint pas certains milieux, on ne côtoie par certains individus sans conséquences définitives. Il y a du Scorsese et du Coppola dans tout cela, indéniablement. Mais il y aussi et surtout bien d’autres choses. Nos personnages sont complexes, déchirés, humains avant tout. Et bien qu’amoraux, ils ne sont jamais immoraux.

Jordan Morisseau

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