REVIEW: Solange et les vivants, d’Ina Mihalache

Solange et les vivants

[a star is born]

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Au gré de ses nombreuses vidéos sorties sur internet, Ina Mihalache s’est construit un véritable personnage qu’elle s’amuse à représenter dans différentes situations. Solange – c’est son nom – est une jeune femme timide et solitaire, férue d’exercices introspectifs et de questions plus ou moins existentielles. A raison d’une fréquence de publication soutenue de ses vidéos sur YouTube, Ina a peu à peu rassemblé une communauté d’admirateurs fidèles autour de la figure de Solange. Quoi de plus logique, dès lors, que de donner à son personnage un cadre de représentation plus grand que celui de la petite lucarne de l’écran d’ordinateur ? Solange et les vivants est donc né de cette envie, celle de représenter les pérégrinations de Solange dont la solitude exacerbée ne semble pas être du goût de tout le monde.

Le sous-titre du film en annonce bien le programme, à la fois original et décalé : « Fille seule cherche moyen de le rester » Solange vit seule dans un grand appartement dont elle ne sort jamais, jusqu’au jour où elle s’écroule dans sa cage d’escalier, comme écrasée par le vide qui l’entoure. Commence alors pour elle une sorte de road-movie en huis clos au cours duquel des personnages hauts en couleur vont se succéder pour tenter de résoudre le mal de Solange.

La durée très brève du film (1h05) ainsi que son découpage en chapitres clairement identifiés, semblent placer l’œuvre dans le sillage des comédies italiennes des années 50. Les acteurs (souvent amateurs) ne sont pas choisis pour leur talent, mais pour leur trogne, donnant ainsi à l’ensemble du film une esthétique fellinienne paradoxalement rafraichissante. A l’heure où les comédies françaises semblent sclérosées par la présence des mêmes éternels acteurs qui semblent pourrir sur place, Ina affiche fièrement sa différence. Son film, qui n’est pas exempt d’imperfections touchantes, montre une volonté de rénover un genre cinématographique qui a pourtant fait la gloire du cinéma français. Solange et les vivants se situe au carrefour d’œuvres comme celles de Jacques Rivette ou bien de Brunot Dumont, notamment dans le travail d’improvisation qui les a vus naître. On le comprend, Solange et les vivants ne répond pas aux canons narratifs des comédies actuelles qui font s’enchainer les péripéties à un rythme effréné. Le film, en dépit de sa courte durée, affiche une certaine lenteur : Ina ne craint pas de laisser sa caméra tourner lors de longs plans-séquences qui laissent ainsi une belle liberté aux comédiens.

La réalisatrice ne se contente pas de mettre en scène un personnage incompatible avec son environnement, elle représente un monde qui semble être à la lisière de l’étrange et du fantastique. La réalité, toute relative, semble être soumise à la loufoquerie des différents personnages qui la décrivent. Comment vivre dans un monde dans lequel on a le sentiment de se situer en dehors de lui ? Au fond, tous les personnages qui poussent Solange à sortir de chez elle ne sont que des solitaires qui s’ignorent. Ils préfèrent brasser le vide qui les entoure à travers des paroles vaines (la scène de dialogue autour de la pratique du cunnilingus est un des morceaux de bravoure du film) plutôt que de s’y confronter directement. Le film, sous l’allure d’une comédie poétique et guillerette, est en réalité une profonde réflexion sur la solitude humaine. Solange/Ina ne seraient-elles que les produits d’une société individualiste, qui ne peut accoucher que d’individus tournés vers eux-mêmes ? La facilité de ce questionnement est aussitôt contrebalancée par le regard tendre et ironique qu’Ina porte sur son personnage, petite fille perdue au milieu des vivants.

Alban Couteau

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