REVIEW: Midnight Special, de Jeff Nichols

Midnight Special

[jusqu’à l’instant magique]

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 De Shotgun Stories à Mud en passant par Take Shelter, Jeff Nichols a toujours séduit une large partie de la Critique avec des propositions à la fois simples et bouleversantes, car riches d’un imaginaire singulier au service de récits universels. Si la paternité – et plus largement la parentalité – est au centre des réflexions qui animent la filmographie du réalisateur, jamais le traitement de cette thématique n’avait autant ému que dans Midnight Special.

Le film s’ouvre sur la fuite de Roy et de son jeune fils Alton, accompagnés de Lucas, un ami policier. A mesure que le récit avance, on comprend que le père et son ami tentent de protéger Alton des membres d’une secte qui considéraient l’enfant comme un sauveur capable de les protéger du Jugement dernier. Quant au point d’arrivée de leur cavalcade, rien n’est plus obscur. Plus que la science-fiction dont le film semble emprunter la voie, Midnight Special tire toute sa beauté et sa force de son itinéraire énigmatique.

Un chemin dont toutes les sinuosités, tous les détours risqués sont bravés par une famille guidée par la foi. C’est là le premier angle sous lequel Nichols traite la question familiale, portée par les deux personnages de parents interprétés par Michael Shannon et Kirsten Dunst, en posant un regard inédit sur la croyance et les espoirs extraordinairement puissants qu’un père et une mère peuvent placer dans leur enfant. Le film génère une émotion intense par l’incarnation de ce trio de personnages principaux entièrement dévoués à une fuite vers l’inconnu, comptant plus que jamais sur Alton pour donner un sens à ces heures folles de leur existence. L’urgence de la situation (il faut échapper au gouvernement et aux membres de la secte) se heurte à la prise de conscience qu’il s’agit probablement des derniers moments de tendresse et de complicité qu’il sera possible de partager.

MIDNIGHT SPECIAL

La contradiction s’impose aussi au spectateur, qui doit faire face à l’angoisse autant qu’au déchirement. La mise en scène fluide et souvent apaisée de Jeff Nichols est aussi au service d’un jeu de regards et de regards impossibles. Les pouvoirs incontrôlables d’Alton lui confèrent un don de prescience mais s’expriment aussi à travers cette énergie furieuse et énigmatique qui jaillit de ses yeux à la moindre tension. Dès lors, chaque occasion de croiser le regard de l’enfant sans les lunettes qui le protègent de lui-même devient précieuse, et parvient aux parents comme un privilège réservé à leur amour paternel. Autre beauté du film, bouleversante d’évidence et pourtant si rare.

Comment achever et donner sens à cette haletante course à l’aveugle ? Il était certainement tentant de se laisser porter jusqu’aux rives d’une science-fiction nostalgique – Spielberg en ligne de mire – sans y pénétrer, en la suggérant par le biais d’un ultime regard mystérieux, de même que pour la tempête de Take Shelter. Mais le geste de Nichols est cette fois légèrement différent. S’il ne laisse en effet qu’entrevoir le point de fuite de la grandiloquente SF appelant une autre voie, il referme presque immédiatement le passage et continue de montrer ses personnages quelques temps après l’événement. La naïve et artificielle  apparition d’un « autre monde » ne se présente à l’Humanité et au spectateur que pour un moment précieux, un instant de magie éphémère, avant de disparaitre et de redonner libre cours à la vie. Cela valait-il le voyage ? Peu importe, tant ce voyage était beau.

Thomas Manceau

 

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