REVIEW: The Assassin, de Hou Hsiao-Hsien

The Assassin

[par-delà les voiles]

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Qui eût cru que l’un des meilleurs films de Cannes serait un film de sabre signé par l’auteur de Millenium Mambo, raflant le prix de la mise en scène douze ans après le Grand prix glané par les lames coréennes d’Old Boy ? The Assassin est pourtant bien l’une des belles surprises en provenance de Cannes 2015. Le film raconte comment, sous le règne de la dynastie des Tang, une jeune femme assassin s’est retrouvée contrainte d’éliminer un homme auquel elle avait jadis été promise.

L’élément de composition le plus frappant dans The Assassin est l’omniprésence de l’amorce. Des magnifiques rideaux qui ornent les intérieurs, à la végétation des forêts que les personnages traversent, l’image est sans cesse voilée par le flou au premier plan. Sans se limiter au simple artifice de mise en scène, ce choix artistique renvoie à la façon qu’a le film de traiter son sujet. Le wu xia pan, genre que l’on attribue à The Assassin, s’illustre sous ses diverses facettes – il s’agit autant d’un film de sabre que du portrait d’un personnage errant – selon une réalisation singulière.

Hou Hsiao-hsien fait le choix de raréfier les combats (peu nombreux, donc, mais virtuoses) pour se concentrer sur une sorte de quête poétique qui travaille autant la photographie que le son. L’image est magnifiquement éclairée dans les séquences de nuit. Les couleurs chaudes qui caractérisent les décors et les costumes dégagent une électricité soutenue par l’atmosphère nocturne – aucun mur ne semble assez épais pour étouffer les bruits provenant de l’extérieur – et une mise en scène en tension, composée de mouvements d’appareil très lents qui consistent souvent en de simples décadrages pour saisir un déplacement, un détail, tel le vol fugace d’un papillon.

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Au-delà des sons naturels qui confèrent un certain relief au film et accentuent ses qualités d’expérience sensorielle, la beauté de la langue s’exprime également dans des dialogues apaisés, relevant souvent du conte ou du récit d’événements passés. C’est cette paisibilité qui caractérise le mieux le film dans son ensemble. Les rideaux et les feuillages ne sont pas seuls à calmer et dissimuler l’agitation des personnages: Hou Hsiao-hsien fait de son héroïne un personnage tourmenté dont la justesse des coups se trouve sans cesse réfrénée par ses états d’âme. Le film n’est évidemment pas dénué de troubles; mais les ruptures se situent moins dans les scènes d’action furtives que dans une étrange photographie de jour à la limite de la surexposition, qui donne à l’image un grain singulier et irradie ce film en grande partie bercé par la nuit.

Ainsi, le genre codifié et traditionnel du wu xia pan se voit secouer par un réel travail plastique duquel le film tire toute sa force. Le scénario – souvent difficile à suivre – ne vaut que pour une poignée de références culturelles et peut s’avérer rebutant en raison de son rythme lent. Mais en dépassant le niveau littéraire pour donner à l’art du montage d’images (le cinéma ?) l’envergure qui caractérise The Assassin, Hou Hsiao-hsien revient huit ans après  Le Voyage du ballon rouge en réalisateur virtuose, épatant de sagesse quant à son appropriation d’un genre grandement éprouvé.

Thomas Manceau

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