OLDIE: Blade Runner, de Ridley Scott

Blade Runner

[dystopie cyberpunk]

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Les androïdes rêvent-ils de moutons mécaniques ? C’est sous ce titre, à la fois poétique et énigmatique, que sort en 1968 le roman dont s’inspirera Ridley Scott pour réaliser Blade Runner quatorze ans plus tard. Conscient que l’imagination des spectateurs est encore influencée par l’univers science-fictionnel de Star Wars, Ridley Scott prend les choses à contrepieds et propose une vision extrêmement sombre et désespérée d’un potentiel futur.

Rick Deckard (joué par un Harrison Ford qui troque la gouaille de Han Solo contre un désabusement à la Marlow1) est un « Blade Runner ». Son travail consiste à tuer les « réplicants », des androïdes dont l’apparence est commune à celle des humains, qui se cachent au sein de la population. Deckard se voit proposer un dernier contrat : neutraliser quatre réplicants qui viennent de s’échapper de leur usine de fabrication, la Tyrell Corporation. Mais pour Deckard, le problème est plus complexe : comment distinguer ces réplicants du reste de la population, lorsqu’on a soi-même du mal à savoir à quelle catégorie on appartient ?

La simplicité apparente de ce canevas narratif va pourtant être l’occasion de développer un univers visuel d’une beauté à couper le souffle tout en proposant une réflexion sur notre propre humanité. Le Los Angeles de 2019 créé par Ridley Scott est un endroit sombre et moite, peuplé par une population qui semble n’avoir que faire de ses congénères humains. Toute trace de nature paraît avoir disparu au profit d’un espace ultra-urbain au sein duquel toute tentative de fuite est vouée à l’échec. Au charme désuet et résolument optimiste de Star Wars répond un futur dystopique et nihiliste qui annonce l’avènement du cyberpunk dans la littérature. Aucune course spatiale ni bataille de sabres-laser ne viendront rythmer la narration : l’odyssée de Rick Deckard est avant tout une lutte mentale, une recherche de sa propre identité. La lenteur du film est soulignée par les synthétiseurs planants de Vangelis, qui signe là une de ses plus belles compositions, ainsi que par les longs panoramiques sur un Los Angeles battu par une pluie omniprésente qui brouille les perceptions.

Nope-not-Jared-Leto.-But-possibly-more-psychotic

C’est pourtant bien la question de notre rapport à l’humanité qui est au centre de Blade Runner. Qu’est-ce qu’être humain, et sur quoi repose cette humanité ? Blade Runner constitue ainsi le point d’incandescence des questionnements de K. Dick qui n’aura cessé de représenter les êtres cybernétiques avec une plus grande humanité que leurs homologues humains. La « science-fiction » telle qu’elle est utilisée ici n’est pas qu’une toile de fond sur laquelle viendraient s’ajouter des péripéties empruntées à d’autres genres. Elle se donne à voir pour elle-même et devient ainsi un véritable objet de réflexions inépuisables.

Existe-t-il beaucoup de films de science-fiction des années 80 qui aient à ce point survécu au poids des années tout en conservant leur puissance initiale ? Cette puissance n’est pas seulement présente dans l’incroyable traitement esthétique que Scott fait subir à ces images, mais également aux interrogations que ces images nous provoquent.Plus que jamais, Ridley Scott et Philip K. Dick nous donnent à voir un futur potentiel pour mieux interroger notre présent.

Alban Couteau

1 Héros du film Le grand sommeil et figure archétypale du film noir, auquel Blade Runner emprunte les caractéristiques esthétiques.

 

Screen Chronicles vous recommande chaudement la lecture de la trilogie du Neuromancien de William Gibson, véritable figure de proue du cyberpunk littéraire et pierre angulaire de l’univers de Blade Runner et de celui, plus récent, de Matrix.

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