REVIEW: Reception (Save the date), de Gilles Verdiani

Reception (Save the date)

[le désir au futur]

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Après avoir prêté sa plume à diverses revues (Première, Elle, TéléCinéObs) et à l’émission Le Cercle (Canal +), Gilles Verdiani a notamment animé l’émission La Zone Erogène sur France Culture, publié deux essais ainsi qu’un roman (La nièce de Fellini) avant de se lancer en 2015 dans la réalisation de son premier long-métrage, Reception (Save the date), produit grâce à un financement participatif et distribué en VOD.

Le e-cinéma n’est pas seulement le lieu de rencontres de films à petit budget: il met aussi en lumière des œuvres marginales, qui trouvent parfois leur public sans avoir dû passer entre les mains de producteurs trop frileux pour défendre des projets singuliers tels que le premier long-métrage de Gilles Verdiani. Dans un futur où la Nature et la Science ont remédié aux grands maux de l’Humanité – une épidémie sans précédent pour faire le ménage, et l’invention d’un traitement pour sauver les survivants -, un problème persiste: il est toujours aussi difficile de séduire et de coucher avec qui on veut.

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Sur la base de ce pitch délirant, Gilles Verdiani met le désir à l’épreuve des conventions et des lois qui régissent le comportement social d’une flopée de personnages hauts en couleur, rassemblés dans un grand appartement au design fantaisiste à l’occasion d’une soirée dont l’atmosphère étrange n’est pas sans rappeler Les Rencontres d’après minuit de Yann Gonzales. Dans une chorégraphie improbable, les corps s’éloignent et se rapprochent, les voix se répondent et s’ignorent, de même que les regards dessinent dans ce lieu confiné des trajectoires imprévisibles. Portés par une écriture souvent habile et une musique originale étonnante de Nils Thornander, les dialogues suivent un rythme soutenu qui ne s’essouffle pas pendant cette fête du désir d’une heure et demi.

Parasitant la géométrie des lieux et du cadre par ces incessantes  circulations physiques et mentales, le film est drôle de bout en bout, en plus de proposer une forme originale pour aborder des thématiques courantes du septième art. La science-fiction ouvre un large champ de possibles dans lequel le scénariste-réalisateur choisit d’emprunter le chemin de la comédie, au travers de quelques séquences jubilatoires (dont l’irruption d’un agent de police dans l’appartement pour un contrôle d’identité improbable). Mais Gilles Verdiani développe aussi son intrigue à travers le prisme d’un troisième registre: celui de l’érotisme. Un érotisme sous-jacent, qui affleure au gré des jeux de séduction de chaque personnage. Les corps se trouvent rarement dénudés, et si les dialogues laissent imaginer les intentions sulfureuses des personnages, le ton demeure toujours léger et les répliques allusives. Ce choix de la subtilité, du désir dans ce qu’il a de plus implicite, est une belle façon d’ouvrir une filmographie que l’on espère florissante.

Thomas Manceau

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