OLDIE: La Société du spectacle, de Guy Debord

La Société du spectacle

[l’expérience réelle des images du faux]

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Tu me détournes la tête, mon manège à moi, c’est toi
Parler de ce film, c’est un peu comme parler de ses premières amours, passionnées et absolues, fantastiques et décevantes tant on avait misé sur les promesses qu’on s’était faîtes. Mais en dehors du lien passionnel que peut provoquer le cinéma de G. Debord, c’est sa construction filmique que nous allons interroger, pour voir, comprendre et combattre la rhétorique commerciale de l’image qui nous encercle aujourd’hui. La Société du Spectacle, qui tire son titre du livre éponyme de G. Debord, est un film composé d’images de cinéma, d’images publicitaires, d’images télévisuelles et de prises de vue originales. Le travail critique du réalisateur s’inscrit alors dans un effort de déconstruction et dans un véritable retournement dialectique. Mais le « retournement dialectique », quésaco ? C’est simple vous dirais-je. Au lieu de reproduire le rapport de force d’une image portée par une fiction idéologique, Debord détourne ces images, les met en relation avec d’autres pour montrer cette construction idéologique déguisée en « réalité », et démontrer comment celles-ci sont construites et produites par une société, motivées par une structure politique et économique du divertissement qui ne souhaite pas que nous nous emparions de tels outils. Il y a donc un retournement du sens premier des images. Cela se produit principalement par l’usage du montage: l’arrêt, la reprise et la répétition deviennent alors les armes esthétiques et politiques du réalisateur. Cet arrêt de l’image ou dans l’image devient alors le moyen de rompre le continuum du discours marchand. Debord s’attache à défaire la temporalité ordonnée des images du spectacle, celles de nos vies prises dans le rythme économique. Il s’agit alors de défaire, de dé-créer un réel socialement construit qui n’est qu’une image divertissement / asservissement en mouvement. A travers son film, Debord met en pratique ses textes :

6 Le spectacle, compris dans sa totalité, est à la fois le résultat et le projet du mode de production existant. Il n’est pas un supplément au monde réel, sa décoration surajoutée. Il est le cœur de l’irréalisme de la société réelle. Sous toute ses formes particulières, information ou propagande, publicité ou consommation directe de divertissements, le spectacle constitue le modèle présent de la vie socialement dominante. Il est l’affirmation omniprésente du choix déjà fait dans la production, et sa consommation corollaire. Forme et contenu du spectacle sont identiquement la justification totale des conditions et des fins du système existant. Le spectacle est aussi la présence permanente de cette justification, en tant qu’occupation de la part principale du temps vécu hors de la production moderne.

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Dès lors, le cinéaste nous permet de faire l’expérience réelle des images du faux, une façon de nous montrer le fonctionnement des images du spectacle, mais aussi de nous montrer le fonctionnement méthodique qu’il utilise pour détourner ces images. C’est depuis cette distance, réflexive et alerte, que G. Debord produit un discours politique sur le temps des images. L’arrêt et la reprise exacerbent l’organisation marchande qui domine dans le régime des images du spectacle, celui d’un certain cinéma et celui des films et affiches publicitaires. Faut-il rappeler que ce type de film, et de surcroît ce type de montage, sont presque, sinon totalement, occultés des films que nous voyons sur nos écrans, petits ou grands. L’arrêt et la répétition deviennent ici des gestes militants, critiques et déconstructionnistes. Ils permettent de montrer le cinéma et les images comme des producteurs de discours et donc comme des outils politiques parés du drap spectaculaire. Ce film impose alors un recul, une distance, un temps autre. Il nous donne le temps de la distance réflexive, de l’intellection à travers une temporalité qui n’est plus fragmentée depuis l’organisation marchande du spectacle.

Théo Martineaud

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