SERIE: Fargo

Fargo

[mieux que les Frères Coen ?]

Fargo

POURQUOI FAUT-IL VOIR FARGO ?

A mesure que les mois et les années s’écoulent, on a parfois l’impression que les séries s’empilent, vont et viennent au gré des calendriers de diffusion et font l’objet d’une consommation de plus en plus instantanée et éphémère. Si bien qu’il est difficile de savoir quelles seront les séries actuelles qui auront une postérité comme Twin Peaks de David Lynch aujourd’hui, plus de 25 ans après sa sortie.

Parmi l’entremêlât (dédicace à l’accent circonflexe) des différents projets, tous plus ambitieux les uns que les autres, certains bénéficient d’un engouement populaire et médiatique plus poussé que d’autres. Citons ici l’inévitable Game of Thrones ou le déjà regretté Breaking Bad. Au-delà de ces phénomènes incroyables, qui semblent avoir déjà acquis une place définitive dans la pop culture de la décennie, certains projets sont plus discrets sans pour autant être moins intéressants ou moins qualitatifs. Et c’est dans cette catégorie que nous pourrions classer Fargo.

FARGO YR 1

L’ESPRIT DU FILM ET PLUS ENCORE

Impossible de ne pas évoquer le fait que Fargo soit une forme d’adaptation, de spin-off version série, du film éponyme des Frères Coen sorti en 1996. Si vous n’avez pas vu ce film, commencez par rattraper cette erreur car il est bien possible qu’il s’agisse là d’un des meilleurs films des deux frères. Cependant, la connaissance du film reste tout à fait dispensable pour apprécier la série. En effet, si l’on retrouve les lieux, l’esprit et l’ambiance du film dans la série, les époques et les personnages demeurent différents. Tant et si bien que les deux œuvres sont totalement indépendantes.

Il serait évidement impertinent de s’aventurer à comparer les deux projets, mais si l’on devait les confronter rapidement, il ne serait pas risqué de prétendre que la série est au moins aussi bien que le film. N’en déplaise aux puristes, il est possible de faire du  « Coen » aussi bien que les frères Coen. Noah Hawley, créateur de la série, et l’équipe de réalisateurs et de scénaristes de la série semblent en apporter la preuve.

Cette série s’articule pour l’instant autour de deux saisons indépendantes ; il s’agit donc d’une série dite « anthologie », au même titre qu’American Horror Story ou True Detective. Cependant, certains observateurs avisés ont pu trouver suffisamment d’éléments concordants pour établir quelques théories plausibles sur des liens de parentés ou de filiation philosophique entre certains personnages des deux saisons existantes. Il n’est pas question ici de corroborer ou de contester ces théories, elles sont largement décrites sur les sites spécialisés. Simplement, l’existence d’un lien éventuel entre les personnages et donc d’une transversalité entre les différentes saisons, nous forcera peut-être à reconsidérer à la fin le caractère réellement anthologique ou non de la série.

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UNE SAISON 2 QUASI-PARFAITE

Prenons cependant les deux saisons indépendamment.

La première saison se situe au milieu des années 2000, dans le Minnesota. Lester Nygaard (Martin Freeman), un agent d’assurance sans relief, voit sa vie basculer alors-même que Lorne Malvo (Billy Bob Thornton) vient bousculer tout l’équilibre et le calme de cette ville a priori sans histoire. Gus Grimly (Colin Hanks) et Molly Solverson (Allison Tolman), agents de police fantasques, sont alors chargés d’enquêter sur les évènements inhabituels et de dénouer les liens qui tiennent entre eux les personnages. Le casting est impeccable (mention spéciale à BB Thornton et à son coiffeur), le scénario habile et l’ensemble de très bonne facture.

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La deuxième saison se situe elle à la fin des années 70, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière du Minnesota, dans le Dakota du Sud. L’ambiance de la première saison, et du film, se retrouve encore ici. Du froid, de la neige, des grands espaces, et des personnages plus pittoresques les uns que les autres. Après une première saison réussie, l’enjeu était élevé. Sans vouloir comparer les deux séries, il peut être intéressant ici de mettre en parallèle l’appréhension des saisons 2 de True Detective et Fargo. True Detective avait soulevé les passions et laissait espérer de grandes choses aussi bien en termes de casting que de scénario pour la saison 2. Brad Pitt, Christian Bale, Joaquin Phoenix…ils se battaient tous pour un rôle dans la saison. Vraiment ? Résultat des courses, Colin Farrell et une moustache improbable, Rachel McAdams peu convaincante à contre-emploi et Vince Vaughn qui n’a plus décroché de bon rôle depuis… hum. Tout cela avec un scénario bien en-deçà de la première saison: True Detective en a déçu plus d’un. A l’inverse, Fargo aura réussi à répondre aux attentes des fans et même à aller au-delà. Le casting de la saison 2 est même l’un des meilleurs qu’il nous ait été donné de voir ces dernières années. Kirsten Dunst, génialement méconnaissable ; Patrick Wilson et Ted Danson, proches de la perfection dans leur relation beau-père/gendre et Jesse Plemons (qui ressemble ici à une version obèse de Matt Damon) forment un casting cohérent, homogène et solide. Ajoutez à cela une flopée de seconds-rôles très travaillés et très bien intégrés à l’histoire et vous obtenez un savoureux mélange encore plus jouissif que celui de la première saison. On regrettera néanmoins le rôle attribué à Cristin Milioti dont on peine à percevoir l’intérêt avant la toute fin de la saison et qui souffre peut-être d’une certaine caricature. Le défi du casting est néanmoins rempli d’une manière plus que convenable et ce n’est pas le scénario ni la réalisation des 10 épisodes qui viendront ternir le bilan.

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On ne se lancera pas ici dans une tentative d’explication ni d’analyse de l’histoire, il faut voir cette saison 2. Si cela peut vous convaincre, sachez qu’on y retrouve un boucher, un vétéran du Viêt Nam, une esthéticienne, des mafieux, des ados aux mœurs légères, sans que jamais ce barnum ne paraisse incohérent. Chacun des épisodes regorge de scènes géniales, de pépites visuelles et scénaristiques.

Pour ce qui est de la saison 3, la première bonne nouvelle est que les producteurs ont manifestement décidé de prendre leur temps, la diffusion étant attendue pour 2017. On peut louer ce choix, encore une fois à l’appui de contre-exemples désastreux. On pourrait tirer sur l’ambulance mais les victimes ont déjà été ciblées plusieurs fois.

En attendant, et sans trop s’avancer, il est pour l’instant assez clair que nous trouvons là une œuvre d’un niveau globalement inédit si l’on considère ce qui se fait dans beaucoup d’autres séries contemporaines.

Jordan Morisseau

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