REVIEW: Keane, de Lodge Kerrigan

Keane

[état d’urgence]

Damian Lewis preparing on the set of “Keane” (Photograph c 2004 Larry Riley)

Tourné en quelques semaines avec des acteurs inconnus, Keane, de Lodge Kerrigan prouve que les histoires les plus dépouillées peuvent aussi être les plus percutantes, à condition de savoir les exploiter de bout en bout.

WIlliam Keane transpire l’urgence. Celle de retrouver sa fille qu’il vient de perdre sur le quai d’une gare, celle de recréer l’évènement jusque dans ses moindres détails, celle de hurler désespérément au monde son impuissance. La caméra semble être collée à lui comme une mauvaise ombre dont on voudrait se débarrasser, s’attardant ainsi sur les détails de son expression et de ses gestes en perpétuelle ébullition. Rarement au cinéma on aura vu une caméra être à ce point assujettie au personnage qu’elle tente de filmer – jusqu’au point d’avoir parfois du mal à le suivre.

L’ambiance est urbaine et crasseuse, comme le résultat d’un croisement improbable entre l’esthétique réaliste des frères Dardenne et les déambulations nocturnes des personnages de Cassavetes. Pourtant, ce cadre réaliste apparent n’est là que pour mieux servir d’espace scénique à un homme dont la vision du monde et du réel se dérobe peu à peu à mesure qu’il tente de s’en saisir. Kerrigan montre que le chemin pour parvenir à la vérité n’est pas éloigné de celui qui mène à la folie. William Keane, comme un funambule au-dessus de l’abîme qui le scrute, tente désespérément de lutter contre la folie qui le gagne, tout en reconstituant le puzzle des évènements qui ont conduit à la disparition de sa fille. Comment mieux représenter la solitude d’un homme qu’en le représentant au sein d’un monde saturé de personnes ? Car le thème du film est bien là: représenter la solitude d’un homme à qui l’on a tout volé et qui essaie pourtant de saisir à bras-le-corps cette vérité qui lui échappe. Durant tout le film il ne cessera de recréer cet instant fugace (celui du kidnapping de sa fille), de transformer ce qui a été en ce qui aurait dû être, de reconstruire sa vie comme on construirait une fiction – c’est-à-dire sans être totalement convaincu par sa véracité.

Si le film vaut surtout pour le jeu de son acteur principal (un Damien Lewis intense et effervescent, dont on imagine mal le voir endosser prochainement le costume de James Bond), il n’en demeure pas moins un objet singulier, d’une densité folle, dont on ne ressort pas indemne. Un film à la folie contagieuse, qui semble nous glisser entre les doigts à mesure qu’on le regarde. A voir « vite…vite…vite… ».

Alban Couteau

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