REVIEW: Contre-pouvoirs, de Malek Bensmaïl

Contre-pouvoirs

[El Watan en résistance]

contre-pouvoirs

Immergé dans la rédaction d’El Watan, grand journal de référence algérois et algérien publié en Français, Malek Bensmaïl nous emmène avec sa caméra au cœur de la rédaction du journal, installé dans les locaux de la maison de la presse, en attendant la fin des travaux du nouveau siège. Une construction difficile (quinze ans de travaux) car l’État algérien persévère à mettre des bâtons dans les roues à ses adversaires médiatiques.

C’est donc au cœur de la rédaction que nous sommes installés, avec une caméra proche des journalistes et de la mécanique de la rédaction, de l’idée de l’article jusqu’à son empreinte sur le papier. Le réalisateur délaisse volontairement sa voix au profit de ce qui se dit et s’échange au sein de la rédaction. De plus, aucun commentaire en off n’accompagne le film. Nous voyons alors un film qui suit le fil politique de la vie algéroise et algérienne pendant la réélection d’Abelaziz Bouteflika (quatrième mandat). Des prises de parole entre collègues qui s’opposent, des dessins de presse en élaboration et des corrections, le film ne semble montrer qu’une partie de la réalité du journal, délaissant la partie la plus politique de la vie de la rédaction. Nous ne verrons qu’une seule scène où le directeur de rédaction s’exprimera avec son avocat sur les pressions que subit le journal de la part des autorités locales soutenues par le gouvernement de Bouteflika. De ce point de vue, il s’agit moins d’un documentaire sur El Watan que d’un documentaire sur l’élection présidentielle algérienne. Ce film nous donne à voir l’angle politique par lequel le journal aborde l’élection présidentielle, entre grand espoir et grande déception, cette immersion journalistique donne la parole aux lucides, aux dénonciateurs du régime qui peinent à exercer leur métier. Prise entre les puissances occidentales et orientales, l’Algérie que nous montre Contre-pouvoirs est composée d’une population jeune et politisée qui désespère du statu-quo imposé par les oligarques du système Bouteflika. Une position passive que semble parfois prendre le réalisateur, comme celle de ce chantier qui n’en finit pas. Il y a beau y avoir une dynamique, celle-ci se sclérose dans le temps, entre répression violente et désillusion citoyenne, la vie politique algérienne avance au même train que celui imposé par la chaise roulante de Bouteflika, évoquée lors de la préparation d’un dessin de Hic (Hicham Baba Ahmed, caricaturiste du journal) dans une séquence de discussion autour d’une caricature en première de couverture.

Le problème du film est alors un problème politique, et c’est dans ce sens que nous devons creuser pour comprendre le geste du réalisateur. Loin de refuser des images ou des témoignages qui existeraient en dehors de la salle de rédaction, Malek Bensmaïl nous montre un espace de liberté indépendant, privé, qui dans l’exercice même de son indépendance ne saurait être autonome du système politique qu’il décrypte. El Watan est alors filmé comme une bulle, un cocon de liberté sous tension dans lequel les journalistes s’expriment librement pour l’instant. Cet espace précaire nous montre l’enlisement d’une vivacité journalistique opposée au despotisme gouvernemental. A la fois journal de référence international et organe de presse en difficulté, El Watan nous est montré tel qu’il est : en résistance, pris dans un bras de fer constant à armes inégales et souffrant d’une liberté politique qui ne trouve pas dans l’espace politique algérien de véritable espace pour vivre sereinement. Un problème de taille que les nouveaux locaux, toujours en construction à la fin du film, ne semblent guère à même de résoudre.

Théo Martineaud

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