REVIEW: Chair de Poule, de Rob Letterman

Chair de Poule – Le Film

[catalogue de monstres]

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Tous les livres de la série pour enfants Chair de Poule ont en commun d’avoir un avertissement situé en première page – ou sur la quatrième de couverture – mettant en garde les enfants que le roman qu’ils sont sur le point de lire n’est pas un ouvrage ordinaire. Les quelques mots se veulent injonctifs (« Attention lecteur ! »), sous-entendant ainsi à l’enfant qu’il vaudrait peut être mieux, pour sa propre sécurité, reposer le livre sur son étagère. Comment mieux inciter un enfant à lire un livre qu’en lui conseillant de ne pas le faire ? Quel génie ! Or, dans cette adaptation des romans Chair de poule, toute cette esthétique de la transgression semble avoir disparu au profit d’une volonté de séduction permanente des spectateurs.

L’argument tient en quelques mots : les monstres qui peuplent les livres de la série Chair de Poule viennent de s’en échapper et sèment la terreur dans une ville. Seule solution : faire appel à R.L. Stine, l’écrivain de la série, pour remettre les choses en ordre. Voilà, c’est plié. D’une paresse scénaristique déconcertante, le film coche sagement les cases de son cahier des charges, picorant ça et là des idées déjà tellement réchauffées d’autres films qu’elles en perdent toute saveur (un trio de héros à la Harry Potter, une romance à la Twilight, un bestiaire à la Une nuit au musée). Rob Letterman réalise son film comme il ferait ses courses, poussant mollement sa caméra-caddie au milieu du magasin et piochant des idées dans les rayonnages sans vraiment les regarder. La recherche d’une certaine élaboration narrative est ainsi gentiment mise de côté au profit d’un grand catalogue d’images, dans lequel chaque page renferme un nouveau monstre ou une nouvelle situation de mise en danger pour les héros.

Le film s’adresse prioritairement à un public familial : ainsi toutes les situations qui pourraient être potentiellement horrifiques sont systématiquement désactivées par un trait d’humour plus ou moins réussi – une énième mimique de Jack Black ou bien un jeu de mots insupportable. Groggy par tant de déjà vu, on se prend parfois à imaginer ce qu’aurait pu être le film s’il avait été réalisé par un Joe Dante ou par un Tim Burton… Visuellement, le film relève toutefois le pari de synthétiser et de rendre parfaitement compte des trois modes de représentation de Chair de Poule : son texte, ses couvertures et son adaptation en série TV. Comme chez Wes Craven ou Carpenter, on prend plaisir à se retrouver dans cette banlieue d’une ville américaine quelconque, dans laquelle la sensation d’ennui apparente permet de mieux mettre en avant les scénarios fantastiques qui s’y déroulent.

Le film soulève toutefois deux problèmes. Il tient d’abord à la représentation de l’objet « livre », constamment malmené durant tout le film, à l’image du geste final du héros qui décide de brûler un livre. Classe. Pourtant, le vrai drame du film est plus enfoui : partant de livres qu’on lisait en cachette de nos parents, conscients du danger qu’il puisse y avoir à être surpris, nous arrivons à une comédie familiale, que les parents auront la joie d’emmener voir leurs enfants. Et c’est bien triste.

Alban Couteau

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2 réflexions au sujet de « REVIEW: Chair de Poule, de Rob Letterman »

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