REVIEW: Deadpool, de Tim Miller

Deadpool

[victime de son temps]

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Avant tout, il est important de rappeler que Deadpool est un personnage apparu dans un Comics des années 90 (New Mutants), de façon plus ou moins marginale vis-à-vis des autres personnages de l’univers Marvel. Car si à son époque, on veut bien croire que le plaisantin violent et vulgaire en costume moulant relevait d’une certaine audace, difficile de voir dans le film de Tim Miller un réel bras d’honneur à ce qui se fait aujourd’hui dans le cinéma grand public. Deadpool n’est pas complètement à jeter, mais il plie sous le poids écrasant de la machine qu’il aimerait faire dérailler.

D’abord à cause de sa promotion qui a tout fait à l’envers. A force de rabâcher que le film serait ultra-violent, vulgaire et subversif, les distributeurs de Deadpool ont annulé le choc attendu, rendu impossibles les plus vives réactions qu’auraient pu déclencher l’esprit du personnage et du Comics. On ne se demande à aucun instant ce qu’on fait dans la salle, puisqu’on savait pertinemment à quoi s’attendre si l’on avait vu ne serait-ce que le tiers de la bande annonce.

Ensuite, Deadpool est malheureusement victime de l’époque à laquelle il sort. Ses prédécesseurs de chez Marvel lui ont coupé l’herbe sous le pied en devenant tous plus ou moins des représentants de la coolitude et de l’autodérision qui infestent les blockbusters de notre temps. Là encore, Deadpool voit sa potentielle subversion réduite à néant par les scénarios bourrés de gags et de vannes référencées des productions Marvel – entre autres – qui sont arrivées avant lui. Ce qui met peut-être l’empire Marvel en péril pour les années à venir, c’est son besoin de montrer au spectateur qu’il le connait bien en multipliant les clins d’œil intempestifs, les torrents de références culturelles – qui effacent peu à peu l’identité-même des films – et les résonances assourdissantes que s’imposent les films entre eux. Difficile d’imaginer en effet que l’on puisse éviter l’overdose, si en plus de gaver le public avec d’innombrables sorties immanquables (imposées si l’on veut suivre le fil) jusqu’en 2019, Marvel développe des films qui en viennent tous à se ressembler, à partager une essence humoristique à l’obsolescence programmée.

Tout fuse: l’action comme la comédie fonctionnent sur un régime efficace qui fait de la vitesse une arme pour éviter le moindre bide. Cinquante références par phrase, bris du quatrième mur (ainsi que du quatrième mur du quatrième mur) et références populaires de toutes générations…tout est bon pour assurer la complicité entre le film et ses spectateurs. Mais derrière tous ces efforts pour plaire à tout prix, reste-t-il vraiment un divertissement de qualité ? Y a-t-il un film sous cet emballage tape-à-l’œil ? Sa vélocité laisse tout de même entrevoir quelques qualités, à commencer par une mise en scène soignée – qui ne se prive malheureusement pas d’effets éculés, dès le générique d’ouverture – et un montage étrangement fluide qui calme un peu cette surexcitation permanente. On notera aussi une sympathique musique originale, un peu sous-exploitée, et une BO aux écarts jubilatoires, qui fait à elle seule la saveur de certaines séquences (voir l’arrivée géniale et inopinée de Chicago en fin de film).

La comédie, enfin, qui est le cœur battant du projet, fait l’objet d’un traitement très inégal. Deadpool fait parfois beaucoup rire (les blagues salaces sont peut-être les plus réussies et font pour la plupart preuve d’inventivité), mais tombe régulièrement bien bas (« #PayeTonProut » dans un film fièrement interdit aux moins de douze ans ? sérieusement ?). L’ironie et l’humour noir demeurent timides. Mais ce qui ressort surtout (et déçoit), c’est la résignation du film à l’outrance, caractéristique de bon nombre de succès récents (Kingsman, Turbo Kid…), qui usent ad nauseam de leurs effets tapageurs et revendiquent leurs excès prétendument transgressifs. Pourtant, pas de discours, nulle subtilité derrière ces verbiages et cette ultra-violence. Le film de Tim Miller, comme ses semblables, n’est qu’un shot de sang et de private jokes aux effets immédiats mais éphémères. En définitive, le gentil Deadpool s’avère bien trop sage et fainéant pour susciter un réel enthousiasme.

Thomas Manceau

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Une réflexion au sujet de « REVIEW: Deadpool, de Tim Miller »

  1. Je suis d’accord sur la critique du film dans son ensemble, peut-être faudrait-il ajouter qu’il est étonnant que Deadpool, LE personnage postmoderne de Marvel, arrive si tardivement sur nos écrans. On peut retrouver certains éléments, drôles et provocateurs, que l’on voyait dans les Spider-Man de Sam Raimi. Je trouve que le réalisateur Tim Miller a essayé de faire un film « compilation » des multiples facettes du personnage. Car avec les différents comics Deadpool, qui ne sont pas toujours signés par les mêmes scénaristes et dessinateurs, on tombe parfois sur un personnage grotesque (#PayeTonProut) et parfois sur un personnage beaucoup intéressant, plus sombre, travaillé par des enjeux politiques et moraux très conflictuels et assez « borderline ». De plus, je croyais que le montage de la première partie du film allait développer un travail formel de la composition du film, mais on ne tombe que sur un montage en flash-forward avec pour seul réjouissance un petit jeu d’avance rapide en grésillement. J’y vois une référence discrète à Joe Dante et aux Gremlins, mais malheureusement les petites blagues visuelles ne détournent pas à la cohérence narrative du récit, et c’est peut-être cela qu’on avait envie de voir. Un point positif tout de même, le faible budget du film (à relativiser bien sûr) nous a épargné une sortie en 3D. En ce sens, s’il on prend Deadpool comme un petit film dans la grande franchise Marvel (en oubliant volontairement son omniprésence médiatique) il reste une bonne blague potache hollywoodienne, certes attendue, mais divertissante. En réalité, ce Deadpool est plus un ersatz trash d’un Spider-Man qui aurait conscience de son statut de personnage qu’un véritable renégat sans foi ni loi animé par un humour noir ravageur.
    On rigole, dans une légère déception, mais on rigole quand même

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