REVIEW : Steve Jobs, de Danny Boyle

Steve Jobs

[le néant des coulisses d’Apple]

steve jobs

Adapté de la biographie éponyme de Walter Isaacson (2011) par Aaron Sorkin, ce Steve Jobs est le résultat d’un parcours chaotique qui a vu son casting et sa réalisation passer entre les mains de nombreux personnages en vogue à Hollywood. Danny Boyle succède notamment à David Fincher, Michael Fassbender à Christian Bale et Leonardo DiCaprio. Pour quel résultat ? Un biopic assez ennuyeux, à peine sauvé par son casting de choix…

Scindé en trois parties, le film imagine les discussions de Jobs avec ses proches quelques minutes avant le lancement de trois produits phares qui lui sont associés: le Macintosh 128K (1984), le NeXT (1988)  et l’iMac (1998). Malgré l’habileté du montage – qui offre quelques transitions savoureuses entre les différentes époques -, Steve Jobs n’arrive jamais à retrouver l’excitation provoquée par The Social Network, autre biopic consacré à un personnage sur lequel il n’y avait a priori rien à dire. Fincher aurait-il livré un meilleur film que Boyle ? Rien de moins sûr, car ce long-métrage souffre surtout d’un scénario laborieux de Sorkin, clairement en mal d’inspiration. On serait en peine d’affirmer qu’il y a une grande part de fantasme dans ces anecdotes de coulisses, mais peu importe, si invention il y a, jamais celle-ci n’allège un récit verbeux à souhait.

Personnage aussi insupportable qu’inintéressant, Jobs fait rimer chaque réplique des autres protagonistes avec une petite histoire à propos de ses inventions pour tenter de les persuader – non sans condescendance – de la justesse de sa vision. Arrosant sa bonne conscience à coups de virements sur le compte des intérimaires qui tiennent les rôles qu’il est incapable d’assumer – bien souvent celui de parent -, le « génie » vomit des banalités que Sorkin, par son art de la réplique et du rythme, aimerait faire passer pour la démonstration d’un certain sens de la répartie. Alors que le biopic sur Zuckerberg écrit pour Fincher brillait par sa façon de coller à l’esprit du personnage en fonçant à toute allure sans jamais s’essouffler, Steve Jobs rejoue pendant deux heures une série de scènes bavardes et rébarbatives.

S’il fallait trouver un intérêt à cet engouement du cinéma pour évoquer la figure d’Apple, peut-être serait-ce l’occasion que ces biopics ont de faire descendre Jobs du piédestal sur lequel son incroyable communauté de fans l’avait placé. A ce titre, le film de Danny Boyle fait preuve d’une apparente neutralité, malgré le charisme naturel de Fassbender qui exerce une fascination inévitable lors de nombreuses séquences sur-écrites pour lui. Steve Jobs se focalise sur quelques points noirs qu’on ne peut éluder dans un portrait honnête de l’ingénieur. Et bien que le gentil drame familial en toile de fond s’avère parfois envahissant, le film a cette qualité (faible mais essentielle) d’insister à travers quelques métaphores plus ou moins subtiles sur les failles de l’esprit de Jobs – une triste conception binaire de la vie doublée d’une effrayante obsession du contrôle – et leurs possibles origines.

Mais Steve Jobs demeure fatigant, et repose tout entier sur la performance d’un acteur qui est loin de trouver là un rôle à la hauteur de son indéniable talent. Aux commandes de ce film pataud, Danny Boyle peine à mettre en avant ses qualités de mise en scène, peu inspiré par le dispositif dans lequel il est enfermé, et étouffé par un scénario vainement dévoué à tous ces dialogues fictifs. Une Sorkinade dispensable déguisée en biopic branché, voilà ce qu’est Steve Jobs.

Thomas Manceau

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