REVIEW: Room, de Lenny Abrahams

Room

[great indie]

room 2

 

Pendant sept années, Ma et Jack ont été retenus prisonniers dans l’abri de jardin de Nick, la « room », que la jeune mère s’est efforcée de rendre vivable pour son fils qui n’a jamais connu le monde extérieur autrement qu’à travers les images d’un vieux poste de télévision. C’est sur ce pitch que signe Lenny Abrahams, récompensé à la Quinzaine des réalisateurs en 2007 pour Garage, et plus récemment remarqué pour Frank (2015). Une belle surprise qui fait figure d’outsider dans la course aux Oscars.

On pouvait s’attendre à un huis clos glauque et misérabiliste, avec pour seul éclat la performance de ses deux acteurs principaux. Or, le film est lumineux, plein d’espoir et riche de bonnes idées. Si le film d’Abrahams est plutôt « typé indie » – image tremblante, choix de casting, musique minimaliste… – il se révèle bien profond pour un petit film de festival. Le scénario écrit par Emma Donoghue (d’après son propre roman) s’ouvre sur la présentation des deux personnages principaux, avec cette première belle idée d’avoir fait de leur prison un monde entier, réel par opposition à ce qui se situe « dans le dehors » et dans les programmes de leur petit téléviseur. C’est ce qu’a choisi Ma comme cadre dans lequel élever Jack. Souvent en voix off, les monologues de l’enfant prennent une forme poétique, mettant des mots sur les objets contenus dans la room avec une innocence qui leur donne une présence singulière, le garçon allant jusqu’à les saluer chaque matin.

Dans un second temps, suite à une scène d’évasion très réussie, le film se focalise sur les séquelles psychologiques de Ma et Jack, évidemment distinctes et bouleversantes.  Abrahams insiste sur une forme de mélancolie qui gagne les personnages une fois libres, et qui fait du petit univers qu’ils s’étaient construit un souvenir dont ils ne peuvent se détacher. Jack est comme arraché à son enfance et forcé d’apprendre à grandir en terre inconnue, mais c’est pourtant lui qui saura le mieux faire face au « dehors ». Et c’est ce qui constitue la deuxième très belle initiative du film: changer de personnage principal pour faire de Jack le sauveur – par deux fois – de sa mère. Si Jacob Tremblay est bien une révélation, il faut avant tout souligner la beauté de son personnage et l’intelligence de sa trajectoire dans l’intrigue. Jusqu’au bout, l’enfant occupe une place de protecteur, voire de guide, pour la mère. Celle-ci est incarnée par la sympathique Brie Larson, qui se voit offrir un premier grand rôle à la hauteur de son talent. L’actrice qui avait déjà marqué les esprits des spectateurs de States of Grace en 2014 compose avec une large palette d’émotions, sans jamais en faire trop. Les deux acteurs se complètent à merveille, et livrent chacun une prestation juste et intense.

Faisant preuve d’un certain sens de l’équilibre, Abrahams évite de trop appuyer les effets tire-larme, même au détour des quelques séquences émotion accompagnées de ralentis. La musique, se permettant quelques belles envolées, demeure discrète et ne fait qu’ajouter ça et là quelques pointes de lyrisme. Room est une bonne surprise – car il ne part pas dans les directions les plus évidentes – et relève d’un beau geste de son auteur, qui s’efface avec humilité pour céder la place centrale à ses deux personnages.

Thomas Manceau

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