REVIEW: Joy, de David O. Russell

Joy

[Russel à l’état brut]

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Après le succès de Happiness Therapy (2013) et American Bluff (2014), David O. Russell retrouve Jennifer Lawrence, Bradley Cooper et Robert De Niro pour Joy, film tiré de l’histoire vraie d’une femme déterminée à attirer l’attention de l’Amérique toute entière sur son invention personnelle, un balai à serpillère révolutionnaire. Pour ce faire, Joy a dû braver de nombreux obstacles, de sa famille dysfonctionnelle à des investisseurs sans scrupules.

Si Joy est froid et interminable, il a le mérite de nous éclairer un peu plus sur ce qui constitue vraiment le cinéma de Russell – au moins depuis Fighter – en se défaisant des parures hollywoodiennes de ses films précédents qui en faisaient des œuvres sympathiques dans leur genre. Il y a eu le récit de la vie du boxeur Micky Ward en 2010 (Fighter), puis la love story décalée de Happiness Therapy en 2013, et l’histoire de corruption plus ou moins vraie d’American Bluff en 2014. Si éloignés semblent-ils, ces trois films révèlent l’intérêt particulier de Russell pour raconter la banalité de la vie. Par le prisme d’histoires très cinégéniques, le réalisateur new-yorkais a toujours su faire ressortir ce qu’il y avait de plus commun dans ses personnages hauts en couleur. Cette démarche fonctionnait à merveille dans Happiness Therapy, car précisément adaptée au regard singulier de ses deux protagonistes, sans cesse obnubilés par les détails et événements les plus triviaux. De façon encore plus décalée, American Bluff parasitait son statut de film de gangsters par des dialogues et des situations des plus naturels, dissonants au regard des costumes, décors et sous-intrigues complexes tirés de ses fausses références. Mais rien dans Joy ne vient discorder avec le prosaïsme de son scénario soporifique. On peut saluer la beauté du personnage principal, à l’humilité sans limites – jusque dans ses plus grands instants de gloire – mais le film ne décolle pas du pitch, forcé de tenir deux heures sur un récit bien pauvre. Si la première partie se prête bien au style de Russell – le portrait de cette famille de banlieue à la fois ordinaire et barrée – la seconde ne sait que faire de cette success story discrète, tentant en vain d’élever son personnage de bad girl timide.

Le factice dont Russell avait fait le thème d’American Bluff semble être le sort de Joy. Trop grands pour une histoire si anecdotique, Russell et son orchestre sonnent faux. La brillante Jennifer Lawrence tourne à vide dès lors que le film délaisse l’histoire de cohabitation improbable de sa première demi-heure, théâtre de séquences hilarantes mais rapidement orphelines. Beaucoup voient en Joy l’image de la carrière de son actrice principale, il est pourtant difficile de réduire son parcours à celui de son personnage, à qui l’on ne donne sa chance que des années après avoir inventé les ustensiles qui la ramènent inlassablement à sa situation d’origine. Bradley Cooper est quant à lui restreint à demeurer en coulisses, au sens propre comme au figuré. Reste le beau rôle offert à Robert De Niro, drôle et agaçant quand il le faut, et qui rappelle que Russell semble être le dernier metteur en scène à vouloir tirer quelque chose de ce grand acteur. Faible lot de consolation au vu des têtes qui l’entourent au casting. Joy n’est donc même pas un grand film d’acteurs, contrairement à ses prédécesseurs. Son seul accomplissement sera – probablement – de redonner l’occasion à Jennifer Lawrence de concourir pour l’Oscar de la meilleure actrice le mois prochain. Pour son auteur et pour ses spectateurs, il ne s’agit que d’une perte de temps.

Thomas Manceau

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