REVIEW: The Danish Girl, de Tom Hooper

The Danish Girl

[ennuyeux coup de pinceau]

The_Danish_Girl 4

Après son beau mais sage Discours d’un roi (2010), et son abominable adaptation des Misérables (2012), Tom Hooper s’attaque au roman The Danish Girl (David Ebershoff), qui raconte l’histoire de la première femme transgenre, Lili Elbe (Eddie Redmayne), artiste peintre mariée à une femme nommée Gerda (Alicia Vikander).

Danny Cohen, chef opérateur habitué des tournages de Tom Hooper, livre logiquement un travail photographique ancré dans l’univers des personnages. Ainsi que dans le Van Gogh de Pialat, ou plus récemment Big Eyes de Tim Burton, Hooper et Cohen multiplient les plans en forme de tableaux, plutôt réussis. La composition est intéressante, et non content de se limiter à une imitation de l’art pictural, le directeur de la photographie travaille la profondeur de champ pour déformer les distances, et opte pour des cadrages originaux qui donnent un peu de vie à cette grande toile figée aux couleurs délavées. C’est donc étrangement la photographie et la direction artistique caractéristiques des films de Hooper qui s’en sortent le mieux dans The Danish Girl, le sujet ne faisant pas d’ombre au style d’esthète – la mise en scène demeurant poussiéreuse – du réalisateur.

C’est malheureusement la limite du film, qui s’avère très creux et bien moins motivé sur le fond que sur la forme. Le couple présenté est – forcément – original et d’une ouverture d’esprit à toute épreuve. Comme dans Laurence Anyways de Xavier Dolan, le petit duo parfait a ses manières improbables et sa façon personnelle de regarder le monde qui l’entoure. Mais alors que Dolan fait un grand film sur l’amour impossible en se focalisant sur les mutations de cette relation – déjà marginale avant l’annonce de la volonté de changer de sexe pour le personnage central -, Hooper se laisse porter par un scénario peu inspiré, et livre une deuxième partie complètement attendue, majoritairement constituée de scènes et de situations vues mille fois (les dialogues avec le chirurgien, le passage à tabac, le triangle amoureux…). Le film ne parvient pas à supporter bien longtemps ses personnages singuliers et se contente d’une énième histoire d’amour à l’épreuve de la médecine et de la société (chose bien mieux négociée dans le récent Une merveilleuse histoire du temps de James Marsh, qui laissait s’imposer ses personnages jusqu’à sa conclusion).

Il est intéressant de faire face à ce film après avoir évoqué Carol, car The Danish Girl tombe dans les pièges brillamment évités par le film de Todd Haynes. Si l’originalité des personnages est vite mise de côté, le film se laisse envahir par un besoin d’insister sur la subversion que représente la relation de Lili et Gerda à leur époque. Mais à force de répliques (« Do you think I’m insane ? ») et de situations inconfortables répétées ad nauseam, le film s’alourdit et le spectateur souffre d’un ennui mortel. La subversion, choisie comme point névralgique de l’intrigue, justifie des scènes qui confinent au ridicule (voir la séance de mime dans le peep-show) et condamne The Danish Girl à plaquer l’esprit des années 1930 sur de belles images. Non seulement on s’ennuie, mais on ressort assommé par un couplet aussi vieillot que le style Hooper.

Ce dont on n’était pas encore certain avec Une merveilleuse histoire du temps se confirme ici: Eddie Redmayne a bien un jeu à lui. Faite de sourires énigmatiques, de regards incertains et d’une gestuelle imprévisible, la fragilité de Redmayne affichée pour ses deux derniers rôles intrigue et sauve quelques beaux moments de The Danish Girl, en déclenchant l’émotion sans que le film n’ait à sortir les grands violons. Son visage à la fois reconnaissable entre mille et étrangement métamorphosable, ainsi que sa diction particulière semblent s’accorder à des personnages très différents, et l’on est curieux de savoir ce que l’acteur britannique fera d’un rôle moins extravagant. Alicia Vikander signe également une belle performance, bien que desservie par le délaissement progressif de son personnage.

The Danish Girl n’est pas aussi catastrophique que Les Misérables, mais demeure tout à fait dispensable et n’arrive pas à la cheville des plus beaux films déjà réalisés sur le sujet.

Thomas Manceau

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