REVIEW: Marguerite et Julien, de Valérie Donzelli

Marguerite et Julien

[droit au cœur]

marguerite et julien 2

Froidement accueilli en compétition à Cannes l’été dernier, Marguerite et Julien est une pépite tout à fait Donzellienne, qui brille par son entêtement et trouve le cadre idéal pour incarner tout ce qui constitue la singularité de sa réalisatrice.

Le scénario du film -écrit par Jean Gruault pour François Truffaut en 1973-, est basé sur le récit d’un fait réel du XVIIème siècle: la romance de Marguerite et Julien de Ravalet, condamnés à mort pour inceste. Ce script abandonné par Truffaut à l’époque refait surface en 2011 et finit par tomber entre les mains de Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm, son acteur vedette et co-scénariste. La réalisatrice de La Reine des Pommes reprend la forme de narration adoptée depuis son premier film, le conte, qui trouve moins dans son sujet l’occasion de créer un malaise -il ne s’agit pas d’un film sur l’inceste- que de travailler sur la fuite des deux amants face à leur famille et à la justice, pris dans une tragédie allégée par le ton décalé et le style excentrique de Donzelli. La beauté du film réside dans son obstination, semblable à celle de ses personnages. Le film refuse autant de se ranger dans une case que Marguerite et Julien de se plier aux exigences de la société qui les diabolise. Il faut foncer tête baissée, ne se garder d’aucun parti pris de mise en scène ou de montage invraisemblable, du moment que la sincérité de l’idée initiale est respectée.

Dans ce long-métrage aux allures de film d’époque, Valérie Donzelli s’offre un cadre où chaque décor devient une frontière à franchir, par l’irruption d’éléments anachroniques et la multiplication de situations rocambolesques. L’effronterie de la réalisatrice s’exprime de façon encore plus jubilatoire dans ce tableau gribouillé et éclaboussé de couleurs contemporaines improbables. Comme dans ses films précédents, Donzelli voit dans la mise en scène une occasion d’interaction entre le film et ses personnages. Un jump-cut fait courir plus vite, un montage en forme de collage assemble mélodies et photogrammes (pensées et regards)…Si la plastique du film est parfois entièrement dédiée aux personnages, elle relève aussi régulièrement de la pure fantaisie, comme lors de ces drôles de pauses des acteurs qui permettent à la caméra de tourner autour de leurs personnages figés comme par magie.

Un film qui s’amuse, donc, et qui ne frappe pas là où on l’attend. C’est peut-être ce qui aura déçu. Marguerite et Julien est moins sulfureux qu’innocent, plus communicatif que dérangeant. Mais ce qui le caractérise sans doute le plus justement, c’est son insouciance. Cette façon qu’a Donzelli de n’en faire qu’à sa tête pourrait aboutir à l’exclusion du spectateur si ses manières ne s’accordaient pas si bien aux récits qu’elle choisit de raconter. Au final, un peu comme chez Xavier Dolan, la candeur des films va de pair avec l’émotion de ceux qui les regardent, car elle témoigne d’une subjectivité de l’artiste qui ose se dévoiler entièrement, sans gommer les traces de toutes ses maniaqueries. Cet amour de faire du cinéma, de jouer avec la caméra et les acteurs, de contrôler chaque scène jusque dans ses moindres détails nous va finalement droit au cœur.

Thomas Manceau

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