REVIEW: Mia Madre, de Nanni Moretti

Mia Madre

[cinéma bienveillant]

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On a déjà dit et écrit tant de belles choses sur le film depuis Cannes qu’il semble presque superflu d’en faire un nouvel éloge. Néanmoins, Mia Madre est un film dont l’émotion emporte le spectateur de telle sorte qu’il est presque instinctif de tacher de s’exprimer à son sujet après la séance, de trouver les bons mots pour rendre grâce à la justesse de Nanni Moretti.

Partiellement autobiographique, le film raconte comment Margherita, une réalisatrice engagée, doit faire face à une double épreuve: mener à bien un tournage houleux et accompagner sa mère mourante à l’hôpital. A cela s’ajoutent les crises d’adolescence de sa fille, un acteur capricieux et instable, ainsi que l’ombre omniprésente d’un frère toujours irréprochable.

Dans ce tourbillon de pressions, Margherita -peut-être le plus beau personnage féminin de l’année- se perd entre rêve, réalité et souvenir, tachant de questionner sa vie alors que sa mère perd peu à peu la sienne. Comment surmonter plusieurs situations d’urgence qui viennent se télescoper à un moment précis de l’existence ? Comment faire un film et partager sa douleur dans le même temps ? Ce sont d’abord ces pressions de tous côtés qui submergent le personnage et le spectateur.

Puis, l’émotion gagne le film à chaque inspiration de Margherita, déchirante dans sa détermination à être présente sur tous les fronts. La délicatesse des mouvements d’appareil de Moretti ajoute à la beauté de cette quête d’apaisement réfrénée par d’innombrables vagues de culpabilité et de sentiments d’infériorité. Cette mise en scène qui respire vient épauler le personnage autant qu’elle place Moretti dans un rapport de communion avec le spectateur. A l’instar de La Chambre du fils, si Mia Madre est survolé par la mort, les larmes viennent aussi de cette bienveillance du cinéaste italien, qui n’aura cessé d’ouvrir son cœur à travers chacun de ses films.

John Turturro incarne un acteur dont l’humour à toute épreuve apporte une touche comique bienvenue au film, mais intervient aussi comme élément perturbateur requérant l’attention de Margherita jusque dans les moments les plus tragiques. Son personnage turbulent lui va comme un gant et offre quelques moments savoureux ou éprouvants (voir les séquences de tournage impossible où l’acteur écorche les mots en italien sous la direction de la réalisatrice exténuée, et les instants où il prend conscience de ce qui se joue hors plateau pour Margherita).

Mia Madre parle de beaucoup de choses, mais s’écoule de façon fluide malgré la trajectoire perturbée de son personnage principal. La qualité du scénario se révèle tant dans la beauté des scènes les plus communes que dans la maîtrise des temps forts de l’histoire. Jusqu’au dernier plan, Moretti cède son film à Margherita qui navigue tant bien que mal, tantôt à la barre -sur le plateau-, tantôt au second plan -dans la chambre d’hôpital lorsque son frère prend les devants. Mais quoi qu’il arrive, dans son sillage, elle laisse le spectateur ému et admiratif.

Parmi les retours peu convaincants de la Croisette, Mia Madre brille comme une pierre précieuse à partager avec la même générosité que celle de son auteur. Un film magnifique mais humble, digne des éloges qu’il a pu recevoir, et qui méritait sans doute plus qu’une simple ovation à sa projection cannoise.

Thomas Manceau

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