REVIEW: 007 Spectre, de Sam Mendes

007 Spectre

[relents de naphtaline]

fsdspectre

Si une certaine prétention ainsi que bon nombre de séquences interminables plombaient Skyfall, Sam Mendes pouvait se targuer en 2012 d’avoir déréglé cette machine d’un autre temps pour faire du vingt-troisième James Bond un film introspectif crépusculaire, inattendu et prometteur quant à l’avenir de l’une des rares sagas dont on ne remet jamais en cause la multiplicité des sequels et reboots.

Avec Spectre, le réalisateur d’American Beauty fait un grand bond en arrière pour retrouver un univers confortable pour les fans, empestant la naphtaline pour les autres. Fantôme ringard d’une série de films respectant scrupuleusement un cahier des charges aux critères archaïques (à commencer par le ridicule passage obligé du gun barrel et le générique en forme de publicité pour marque de café), ce vingt-quatrième épisode suit les pérégrinations de l’agent 007 aux quatre coins du monde -Mexico, Londres, Rome, l’Autriche, Tanger et encore Londres- parti à la recherche d’un certain « Franz Oberhauser ».

Daniel Craig est toujours à la hauteur, bien plus que son personnage, lamentablement réduit à sa caractérisation pré-Skyfall: un bourrin classieux, invincible, entretenant des rapports minables avec les femmes. Si Monica Bellucci vole le rôle de tapisserie à Léa Seydoux, cette dernière se voit confier ce qui est probablement l’un des plus tristes rôles de James Bond girls de l’histoire de la saga. Orpheline récupérée par le chaud lapin so british qui tire rapidement parti de son manque affectif, Madeleine Swann est assez mal interprétée par notre frenchie aux cheveux bleus qui souffre encore de l’absence d’un directeur d’acteurs à la hauteur de Kechiche, qui la révélait deux ans plus tôt avec La Vie d’Adèle. Une femme fatale peu convaincante lors des scènes d’action, difficilement supportable dans les moments les plus mièvres.

On offre au génial Christoph Waltz un méchant cabotin et peu effrayant, animé par un projet presque has been de surveillance mondiale rappelant vaguement Big Brother. Sans envergure et -il faut bien le dire- un peu bête, ce personnage déçoit et ne permet pas à Christoph Waltz de s’affranchir d’un rôle de petit malin récurrent dont on va finir par se lasser.

Si la mise en scène n’est pas en reste (voir le très beau plan-séquence d’ouverture), l’action est inlassablement ramenée à ses formes les plus standard: courses de voiture défiant la gravité, explosions à gogo, entretien du brevet de pilote d’avion…Mendes sait filmer -il n’y a qu’à voir l’orchestration des scènes de l’hélicoptère et du train pour en être convaincu- mais il fait face à un film qui lui échappe, dont on a refermé les plaies ouvertes par un Skyfall torturé qui lui allait comme un gant.

Pas tendu pour un sou et ré-enseveli sous vingt-deux couches de poussière, 007 Spectre ravira les fans de la saga sans se soucier des autres cinéphiles qui avaient trouvé un peu d’espoir dans la noirceur et la réactualisation de son prédécesseur.

Thomas Manceau

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