REVIEW: Dope, de Rick Famuyiwa

Dope

[regarde comme je suis cool]

Dope 1

Écrit et réalisé par Rick Famuyiwa et interprété par les non moins méconnus Shameik Moore (Malcolm), Kiersey Clemons (Diggy) et Tony Revolori (Jib) -dont le visage commence tout de même à se faire repérer, notamment depuis son rôle important dans le dernier Wes Anderson- Dope est une comédie dramatique estampillée geek et cool. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs et lauréat du prix du public à Deauville, le film contient quelques belles idées engluées dans une pâte bien trop épaisse d’effets tape à l’œil et éculés.

Si l’histoire de ces jeunes afro-américains de Los Angeles a cette originalité de les placer du côté des mecs cools plutôt que de celui des voyous, elle ne sait que faire de ce concept utilisé à tort et à travers dans toutes les bouches et aux quatre coins du net: le geek. Dans Dope, le terme désigne le goût prononcé des trois amis pour le hip hop vintage des années 90. Passées quelques références sympathiques à travers la bande originale, le film ne sait comment le traiter. Famuyiwa va même jusqu’à s’en foutre en faisant du trio le groupe de rock indé gentillet d’une chanson pop répétée comme un cri d’encouragements de pom-pom girls, tantôt en fond sonore, tantôt interprété directement par les trois personnages, par ailleurs peu crédibles durant ces instants de playback surexcités.

Autre idée du film: faire infiltrer ces jeunes issus du quartier chaud d’Inglewood dans le monde en toc de bourgeois qui s’ennuient, à l’image de la femme esseulée et lasse qui tente de séduire Malcolm dans sa villa. Dans ces quelques passages où les classes se télescopent, Dope rappelle vaguement le magnifique Wassup Rockers de Larry Clark, où de jeunes latinos de LA se retrouvaient projetés dans l’univers de deux jeunes filles huppées de Beverly Hills au cours d’une soirée où les contrastes marquaient par leur ironie le portrait de la bourgeoisie américaine en marge de la population des ghettos. Mais en cherchant constamment à prouver qu’il est cool, le film de Famuyiwa assomme et fatigue plus qu’il ne touche, usant à outrance d’effets qu’il croit originaux -arrêts sur image, voix off vulgaire, ralentis et autres flashbacks- mais qui, par les coups de coudes adressés au spectateur à chaque plan, deviennent surtout lourdingues.

La fraîcheur relative du scénario de Dope permet de ne pas étouffer sous cette masse stylistique surfaite. Mais l’ultime apostrophe de Malcolm qui se présente pour la deuxième fois face caméra après ses exploits de petit dealer l’ayant ironiquement conduit à Harvard clôt cette production commerciale by Pharell Williams sur une fausse leçon de morale décalée qui parachève cette virée en skate avec autant d’insignifiance que l’étiquette geek qui se décolle du film à mesure qu’il roule vers le formatage clinquant des films indés calibrés pour Sundance.

Thomas Manceau

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s