REVIEW: Seul sur Mars, de Ridley Scott

Seul sur Mars

[contrepied]

Seul sur Mars

Ridley Scott embarque un casting à la mode dans ce drôle de blockbuster spatial adapté du roman éponyme d’Andy Weir. Ce grand délire de SF abandonne l’astronaute Mark Watney (Matt Damon) sur Mars, rescapé improbable d’une violente tempête frappant la planète rouge pendant la mission Ares III. Alors que le reste de l’équipe fait son deuil sur le chemin du retour vers la Terre, Watney se réveille amoché au milieu du désert martien, contraint de trouver au plus vite un moyen de survivre sur cette planète inhospitalière.

Ce petit film improbable vient à point nommé après un Prometheus malmené, un Cartel présomptueux et un Exodus assez convenu. La discrétion de sa promotion française et son camouflage naturel au beau milieu de l’océan d’étoiles qui submerge les salles obscures depuis quelques années –Gravity et Interstellar en tête de file- font de Seul sur Mars une très bonne surprise. Ridley Scott et ses passagers s’éclatent dans ce grand divertissement marquant des points dans tous les registres: le film est drôle, captivant, tient en haleine et fait preuve d’une décontraction très agréable, se délestant de la froideur et de l’orgueil souvent caractéristiques du cinéma de science-fiction.

Les personnages sont attachants et l’humour fait mouche lorsque le film transforme la situation dramatique de Watney en scène de théâtre pour Matt Damon qui devient une sorte de bout-en-train érudit, increvable et imperturbable.

Plus proche d’Apollo 13 que de Mission to Mars, le film s’articule en grande partie autour du dialogue entre Watney et le centre de contrôle de la NASA, dont le différé fausse régulièrement les calculs de chaque interlocuteur. A chaque solution trouvée par les scientifiques, Mars répond par la violence de son climat. Matt Damon joue tour à tour l’enthousiasme, la solitude et le courage, portant la panoplie du héros de blockbuster américain sans se prendre au sérieux une seconde.

La mise en scène du père de Blade Runner s’adapte à un scénario aux facettes multiples, amorcée par une scène de tempête d’une noirceur qui rappelle la séquence du retour au Nostromo après la première exploration de la planète LV-426 (Alien), où les cosmonautes se fondent dans l’obscurité et le grésillement des roches traversant le cadre dans tous les sens. Scott est aussi à l’aise dans les scènes d’escapade des astronautes en apesanteur, avec une séance de vol en jet pack au-dessus de Mars, qui rappelle évidemment un certain film de Brian De Palma. Mais en dehors de quelques belles démonstrations visuelles (voir aussi l’éjection de Matt Damon de son vaisseau en mode Iron Man), c’est véritablement le scénario du film qui prime, riche en dialogues décalés et en séquences cocasses. Mention spéciale à la bande originale de Harry Gregson-Williams, qui distille un curieux mélange de sonorités, de la subtilité de Jerry Goldsmith (Alien) aux boucles électro de Trent Reznor & Atticus Ross, en passant par les infra-basses de Steven Price (Gravity).

Seul sur Mars est donc une sympathique bouffée d’oxygène -sans mauvais jeu de mots- qui s’inscrit étrangement comme une pause dans la filmographie chargée de Ridley Scott, en attendant la suite attendue de Prometheus. Comme quoi, un film sur l’espace ne fait pas inévitablement dans la démesure.

Thomas Manceau

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